Communication non violente : la CNV en pratique

Mis à jour le 3 août 2026 · Lecture 16 min

Par Marylou Rivaud-Marantier, coach et équicoach professionnelle certifiée, fondatrice du Centre Equaizen — 13 ans en postes de direction salariée, certifications IPOCAMPUS 2020, équicoaching selon la méthode EPONA.
Publié le 3 août 2026 · mis à jour le 3 août 2026.

La communication non violente est un outil très connu, et souvent mal utilisé. On en retient quatre étapes, on les applique un lundi matin en réunion, et on obtient exactement l'inverse de ce qu'on visait : l'interlocuteur se braque, ou pire, il sourit poliment parce qu'il a reconnu la technique.

Cette page prend le problème par le bon bout. Elle explique ce qu'est la CNV et d'où elle vient, détaille ses quatre temps avec des exemples et surtout des contre-exemples, puis répond à la question que personne ne pose : pourquoi ça sonne faux quand on débute. Elle rapporte aussi, chiffres à l'appui, ce que les études ont réellement mesuré — et ce qu'elles n'ont pas mesuré. Elle dit enfin ce que la CNV n'est pas, et à partir de quel moment elle ne sert plus à rien.

Qu'est-ce que la communication non violente ?

La communication non violente est une manière de formuler ce qu'on a à dire sans attaquer l'autre et sans se renier. Elle repose sur quatre temps — l'observation, le sentiment, le besoin, la demande — et sur une intention : chercher à comprendre plutôt qu'à gagner. Elle n'est ni une politesse renforcée, ni une thérapie, ni une technique de persuasion.

Qui a formalisé la communication non violente ?

La communication non violente — souvent abrégée en CNV — a été formalisée par Marshall B. Rosenberg (1934-2015), psychologue clinicien américain, docteur en psychologie clinique de l'University of Wisconsin en 1961, où il a été l'élève de Carl Rogers et l'assistant de recherche de son programme sur les effets de la psychothérapie. Rosenberg n'a jamais caché ce qu'il devait à Rogers : c'est de lui qu'il tient l'écoute empathique, dont la CNV est une mise en forme praticable. Il fonde en 1984 le Center for Nonviolent Communication (nouvelle fenêtre), l'organisation qui diffuse aujourd'hui encore son travail : selon la notice biographique publiée par celle-ci, il a animé des formations dans plus de 60 pays jusqu'à son retrait en 2011 ; sa page de présentation annonce aujourd'hui plus de 900 formateurs certifiés répartis dans plus de 65 pays.

Son ouvrage de référence paraît en français sous le titre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Initiation à la Communication NonViolente (nouvelle fenêtre), aux Éditions La Découverte, dans la traduction de Farrah Baut-Carlier (troisième édition, 2016). L'éditeur annonce 270 000 exemplaires vendus en France et une traduction dans plus de 30 langues ; l'édition anglaise, Nonviolent Communication: A Language of Life (PuddleDancer Press, 3e édition), revendique de son côté plus de 8 millions d'exemplaires dans plus de 40 langues. Le titre français dit déjà l'essentiel : une même intention, selon la façon dont elle est formulée, ouvre ou ferme.

Une précision d'attribution s'impose, parce qu'elle manque à peu près partout : la méthode n'a pas d'année de naissance officielle, mais elle a un contexte daté. Le Center for Nonviolent Communication (nouvelle fenêtre) écrit que Rosenberg a développé la communication non violente dans les années 1960, dans le cadre de projets fédéraux d'intégration scolaire, et que le centre est né du travail qu'il menait au début des années 1960 avec des militants des droits civiques, en médiation entre étudiants et administrations, et pour la déségrégation pacifique des écoles publiques. Les années précises qu'on lit ailleurs — 1963, 1968, « les années 1970 » — ne sont, elles, appuyées par aucune source de première main. Le seul repère précisément daté reste la fondation du centre, en 1984.

Le point de départ de Rosenberg est simple. Dans un désaccord, nous ne parlons presque jamais de ce qui s'est passé : nous parlons de ce que nous en avons conclu. « Tu es désorganisé » n'est pas une observation, c'est un verdict. Et un verdict appelle une défense, pas une réponse.

Pourquoi l'intention compte-t-elle plus que la formule ?

L'intention désigne ici ce que vous cherchez réellement à obtenir en ouvrant la bouche : comprendre, ou avoir raison. La CNV est présentée partout comme une méthode en quatre étapes ; c'est vrai, et c'est trompeur. Les quatre temps ne sont qu'une grammaire ; ce qui fait tenir l'ensemble, c'est l'intention avec laquelle on parle. Si l'intention est de convaincre, aucune formulation ne sauvera la conversation. Ce qui s'observe en séance est plus modeste, mais suffisant : l'interlocuteur réagit à ce que vous cherchez à obtenir souvent avant d'avoir écouté la phrase jusqu'au bout. C'est un constat de terrain, pas un résultat mesuré.

La CNV ne s'apprend donc pas vraiment dans un livre. Elle s'apprend en situation, avec le stress qui va avec.

Quelles sont les quatre étapes de la CNV ?

Les quatre étapes de la CNV sont, dans l'ordre : l'observation (décrire un fait sans le juger), le sentiment (dire ce que cela produit chez soi), le besoin (nommer ce qui manque sous l'émotion) et la demande (proposer quelque chose de précis, que l'autre peut refuser). Voici ce que chacune réclame réellement — et l'erreur qui la fait échouer.

Les quatre temps de la communication non violente Quatre étapes enchaînées. Premier temps, l'observation : ce qui s'est passé, tel qu'une caméra l'aurait enregistré. Deuxième temps, le sentiment : ce que cela me fait, à moi. Troisième temps, le besoin : ce qui manque sous l'émotion. Quatrième temps, la demande : ce que je propose, et qui peut être refusé. Les quatre temps ne valent que portés par l'intention avec laquelle on parle. 1 · Observation ce qui s'est passé, filmable par une caméra 2 · Sentiment ce que ça me fait, à moi 3 · Besoin ce qui manque sous l'émotion 4 · Demande ce que je propose, et qui peut être refusé quatre temps, une seule intention comprendre, et non gagner — sinon la forme ne sert à rien
La séquence est facile à retenir. C'est la ligne du bas qui décide si elle fonctionne.

1. L'observation : décrire, pas juger

L'observation consiste à énoncer un fait que votre interlocuteur pourrait reconnaître sans se sentir accusé. Le test est simple : est-ce qu'une caméra aurait pu l'enregistrer ? Rosenberg n'a pas inventé ce principe et ne l'a jamais prétendu : il ouvre son chapitre sur l'observation en citant le philosophe Jiddu Krishnamurti, pour qui observer sans évaluer est la forme la plus haute de l'intelligence humaine. Sa contribution propre est d'en avoir fait un exercice praticable.

« Tu ne m'écoutes jamais en réunion » n'est pas filmable. « Jamais » est une exagération, « écouter » est une interprétation. Ce qui est filmable, c'est : « ce matin, pendant que je présentais le point budget, tu as répondu à deux messages ». La différence n'est pas cosmétique : dans le premier cas, la conversation portera sur le mot « jamais », et vous n'aborderez pas le reste.

Les mots qui font sauter cette étape sont toujours les mêmes : toujours, jamais, encore, tu es… Dès qu'ils apparaissent, on est sorti de l'observation.

2. Le sentiment : ce que je ressens, pas ce que je pense de vous

Le sentiment désigne ce qui se passe chez vous, et rien d'autre. Le deuxième temps réserve un piège, parce que le français nous prête des mots qui ressemblent à des émotions sans en être.

« Je me sens ignoré », « je me sens trahi », « je me sens manipulé » ne sont pas des sentiments : ce sont des accusations grammaticalement déguisées. Elles décrivent ce que je crois que vous m'avez fait. Dites-les, et votre interlocuteur entendra « tu m'as ignoré » — il répondra donc sur ce point, et il aura raison de le faire.

Un vrai sentiment ne mentionne personne d'autre que vous : agacé, découragé, inquiet, fatigué, soulagé, en colère. Il n'est pas discutable de la même façon qu'un fait, parce qu'il vous appartient. C'est là, selon Rosenberg, ce qui fait sa force : on peut contester un fait, beaucoup plus difficilement un ressenti. Ce repérage est d'ailleurs le cœur du travail sur l'intelligence émotionnelle.

3. Le besoin : ce qui manque sous l'émotion

Le besoin est ce qui manque sous l'émotion, et qui ne parle que de vous. Le troisième temps demande donc un peu de silence intérieur : sous l'agacement, qu'est-ce qui manque ? De la considération, de la clarté, du repos, de la sécurité, de la reconnaissance, de l'autonomie ?

L'erreur classique consiste à formuler une solution à la place du besoin : « j'ai besoin que tu ranges ton téléphone » n'est pas un besoin, c'est une demande déguisée, et adressée à l'autre. Le besoin, lui, ne parle que de vous : « j'ai besoin de savoir que ce que je prépare sert à quelque chose ».

L'intérêt de cette distinction est très concret : un besoin peut être satisfait de plusieurs façons, une solution imposée d'une seule. En nommant le besoin, vous ouvrez la négociation au lieu de la fermer.

4. La demande : précise, datée, et refusable

Une demande est concrète, formulée au présent, et surtout : l'autre doit pouvoir dire non. Si un refus est impensable ou puni, ce n'était pas une demande, c'était une exigence habillée — et l'interlocuteur le sait.

« Tu pourrais faire un effort » ne dit rien qu'on puisse faire. « Est-ce que tu peux me dire d'ici vendredi si ce point t'intéresse encore ? » est précis, daté, et laisse un non possible. Ce non n'est d'ailleurs pas un échec de la CNV : c'est une information, et souvent le début de la vraie conversation.

Les quatre temps de la CNV : ce qui les fait rater et ce qui les remet d'aplomb
Le temps Ce qui le fait rater Ce qui le remet d'aplomb
Observation « Tu ne m'écoutes jamais en réunion. »
Un jugement déguisé en fait : jamais, toujours, tu es…
« Ce matin, pendant le point budget, tu as répondu à deux messages. »
Ce qu'une caméra aurait enregistré.
Sentiment « Je me sens ignoré. »
Ignoré n'est pas une émotion : c'est ce que je reproche à l'autre.
« J'étais agacé, et un peu découragé. »
Ce qui se passe chez moi, que personne ne peut contester.
Besoin « J'ai besoin que tu ranges ton téléphone. »
C'est déjà une solution, et elle porte sur l'autre.
« J'ai besoin de savoir que ce que je prépare sert à quelque chose. »
Ce qui manque, chez moi.
Demande « Tu pourrais faire un effort. »
Ni concret, ni refusable : une exigence polie.
« Peux-tu me dire d'ici vendredi si ce point t'intéresse encore ? »
Précis, daté, et le non reste possible.

Le même quatuor fonctionne à la maison, avec des enjeux différents. « Tu es toujours sur ton téléphone » devient « hier soir, entre le dîner et le coucher, on a échangé deux phrases ; ça m'a rendue triste, j'ai besoin de moments où on est vraiment là tous les deux ; est-ce qu'on peut garder une demi-heure sans écran après le dîner ? » C'est plus long. C'est surtout la seule des deux versions qui parle de soi plutôt que de l'autre, et qui laisse donc une autre réponse possible que la défense.

Personne accompagnée au sol auprès d'un cheval lors d'une séance d'équicoaching au Centre Equaizen
« On peut dire une phrase parfaite avec un corps qui dit le contraire. C'est le corps qui est entendu. » Au Centre Equaizen, près de Lyon

Pourquoi la CNV sonne-t-elle faux quand on débute ?

La CNV sonne faux quand la forme est appliquée sans l'intention qui la porte : les mots sont justes, l'état ne l'est pas, et l'écart s'entend. La remarque revient souvent, et elle est fondée. Trois raisons l'expliquent presque toujours.

On récite un vocabulaire qui n'est pas le sien

« J'entends que tu as besoin de reconnaissance » dit à quelqu'un qui n'a rien demandé met le plus souvent mal à l'aise. Le vocabulaire de la CNV, transposé tel quel d'un livre ou d'un stage, s'entend comme un costume emprunté. La sortie est simple : garder la structure, changer les mots. « Là tu as besoin qu'on te dise que c'était bien, c'est ça ? » dit exactement la même chose, en français de tous les jours.

On sort les quatre temps d'un seul bloc

Enchaîner observation, sentiment, besoin et demande dans une longue tirade ressemble à une plaidoirie préparée — et c'en est une. Dans une vraie conversation, les quatre temps s'étalent, s'interrompent, se reprennent. Il est souvent plus efficace de n'en poser qu'un seul et de se taire : l'observation seule, puis le silence, suffit souvent, en séance, à changer le registre de l'échange — c'est une observation de terrain, pas un résultat mesuré.

Le corps dit autre chose que les mots

Le troisième motif est le moins traité, et le plus difficile à corriger. On peut formuler impeccablement les quatre temps avec la mâchoire serrée, le débit rapide, le regard qui fuit et l'envie très nette d'avoir raison. L'interlocuteur traite alors l'état avant la phrase. C'est précisément ce que documentent, pour le seul cas des messages portant sur les sentiments et les attitudes, les travaux de 1967 dont il est question juste après : quand le canal verbal et le canal non verbal se contredisent, c'est le second qui emporte le jugement. Il ne saurait probablement pas le nommer ; il sentira simplement que quelque chose ne colle pas, et il se protégera.

Une mise au point s'impose ici, parce que ce passage est le terrain du chiffre le plus recopié du web. Albert Mehrabian, coauteur des deux études de 1967 dont sont tirés les fameux « 7 % de verbal, 38 % de vocal, 55 % de facial », précise lui-même sur son site que ces proportions ne s'appliquent que lorsqu'une personne parle de ses sentiments ou de ses attitudes, et non à la communication en général. Le « 93 % de non-verbal » qui en circule partout est donc une extrapolation que son propre auteur récuse. Cette page ne s'en sert pas. Ce qui reste, et qui suffit largement ici : quand le corps et les mots se contredisent, c'est l'état perçu qui est traité en premier.

La CNV cesse alors d'être un exercice de rédaction. Tant que l'agacement est intact, la bonne formule ne fait que le déguiser — et un agacement déguisé se reçoit généralement plus mal qu'un agacement assumé.

La forme et l'intention : ce que l'interlocuteur reçoit Deux colonnes. À gauche, la forme : les mots, les quatre temps, ce qui s'apprend en lisant ou en formation, et qui se prépare à l'écrit. À droite, l'intention : l'état d'où l'on parle, ce qui ne s'apprend pas par cœur, et qui se travaille en se calmant avant de parler. Les deux convergent vers ce que l'interlocuteur reçoit : quand elles divergent, c'est l'intention qui est entendue. La forme les mots, les quatre temps L'intention l'état d'où l'on parle S'apprend en lisant, en stage Ne s'apprend pas par cœur Se prépare à l'écrit, se relit, se corrige Se travaille en se posant avant d'ouvrir la bouche quand les deux divergent, c'est l'intention qui est entendue et le cheval, lui, ne perçoit que celle-là
Travailler la phrase sans travailler l'état, c'est soigner l'emballage d'un message qui n'a pas changé.
Une phrase juste dite dans le mauvais état ne trompe personne.

Ce que la communication non violente n'est pas

Cinq malentendus reviennent régulièrement en séance, et ils suffisent souvent à disqualifier la CNV auprès de gens qu'elle aurait sans doute aidés.

  • Ce n'est pas être gentil. « Non violente » ne veut pas dire « douce ». On peut y dire un refus net, signaler un manquement, mettre fin à une collaboration. Ce qui disparaît, c'est l'attaque sur la personne — pas la fermeté du propos.
  • Ce n'est pas tout accepter. Poser une limite est parfaitement compatible avec la CNV : « je ne prendrai pas ce dossier en plus cette semaine » est une phrase de CNV, à condition qu'elle soit dite sans mépris et sans justification interminable.
  • Ce n'est pas une technique pour obtenir ce qu'on veut. C'est un contresens répandu, et il coûte cher : dès que la demande n'est pas réellement refusable, l'ensemble bascule en manipulation polie. C'est ce qui se voit le plus souvent en séance : l'interlocuteur le repère, et la confiance met du temps à revenir.
  • Ce n'est pas réservé au conflit. Les mêmes quatre temps servent à remercier quelqu'un précisément, ce qui vaut infiniment mieux qu'un « bravo, super boulot » qui ne dit rien.
  • Ce n'est pas une thérapie. C'est un outil de communication. Il ne traite ni une souffrance ancienne, ni un trouble.

Que disent réellement les études sur la communication non violente ?

Les évaluations empiriques de la communication non violente sont peu nombreuses, hétérogènes, et leurs résultats sont modestes. Les chiffres du type « X % de conflits en moins » ou « X % de turnover évité », très présents sur les pages commerciales, ne renvoient à aucune étude publiée que nous ayons pu retrouver — et aucun des travaux présentés ci-dessous ne mesure ce genre d'indicateur. Voici, en revanche, ce qui existe réellement — y compris ce qui dérange.

L'efficacité de la CNV est-elle démontrée ?

L'efficacité de la CNV n'est pas démontrée au sens où l'entendrait un chercheur. L'essai randomisé français le mieux documenté est celui de Justine Epinat-Duclos, Alexandre Foncelle, François Quesque et leurs collègues, publié en 2021 dans l'International Journal of Medical Education (vol. 12, p. 205-218) sous le titre Does nonviolent communication education improve empathy in French medical students?. Son protocole est celui d'un essai randomisé contrôlé : 312 étudiants en médecine de troisième année, dont 123 ont suivi 2,5 jours de formation à la communication non violente et 189 ont servi de groupe témoin ; 153 d'entre eux ont passé les deux temps de mesure.

Le résultat mérite d'être lu en entier. L'empathie auto-déclarée — mesurée par la Jefferson Scale of Physician Empathy, l'échelle d'auto-évaluation mise au point par Mohammadreza Hojat et son équipe au Jefferson Medical College — progresse de 0,95 point (intervalle de confiance de 0,17 à 1,73) : un effet réel, mais petit. En face, aucune des trois mesures cognitives objectives n'a bougé (nouvelle fenêtre) : ni le test de prise de perspective visuo-spatiale, ni celui de connaissance privilégiée, ni celui d'empathie pour la douleur. Ni la composante cognitive ni la composante de réactivité émotionnelle de l'Empathy Quotient — le questionnaire de Simon Baron-Cohen et Sally Wheelwright — n'ont progressé. Les auteurs le formulent eux-mêmes comme une limite de leur travail : ils n'ont observé d'effet que sur les mesures subjectives.

Autrement dit : après deux jours et demi de formation, ces étudiants se jugeaient un peu plus empathiques, sans qu'aucun test objectif ne le confirme. Ce n'est pas rien — se percevoir autrement change parfois la façon de se comporter — mais c'est très loin de ce que promettent la plupart des pages consacrées à la CNV.

Combien d'études ont réellement évalué la CNV ?

Le corpus disponible est mince. Paula Arquioli Adriani, Paula Hino, Mônica Taminato et leurs collègues ont publié en 2024, dans BMC Health Services Research (vol. 24, article 289), une revue de portée consacrée à la communication non violente dans les relations interpersonnelles du travail en santé. Sur l'ensemble de la littérature examinée, sept études seulement ont été retenues (nouvelle fenêtre) : quatre de qualité méthodologique élevée, deux modérée, une faible.

Leur conclusion est favorable : sur ce corpus, la communication non violente ressort comme une ressource utile pour améliorer les relations entre professionnels de santé. Mais les auteurs signalent aussitôt que l'hétérogénéité des méthodes rend les comparaisons difficiles, et que le petit nombre d'études interventionnelles appelle des recherches plus robustes, menées sur davantage de participants. C'est une conclusion prudente, et elle est plus honnête que la plupart de ce qu'on lit sur le sujet.

Que vaut l'étude en prison qu'on cite partout ?

L'étude la plus reprise en faveur de la CNV porte sur un programme carcéral américain : Alejandra Suarez, Dug Y. Lee, Christopher Rowe et leurs collègues, Freedom Project: Nonviolent Communication and Mindfulness Training in Prison, publiée en 2014 dans SAGE Open. Le chiffre qui circule en est tiré : parmi les 885 détenus formés pour lesquels les données de sortie et de récidive étaient exploitables, le taux de récidive s'établit à 21 %, contre 37 % dans la population de référence des sortants de prison de l'État de Washington.

Ce chiffre est presque toujours cité sans ce qui l'accompagne. Les auteurs écrivent eux-mêmes que le programme n'a pas été conçu ni conduit comme une étude de recherche formelle, qu'il n'y a pas eu de tirage au sort, et que les participants se sont eux-mêmes portés volontaires — ce qui suffit à expliquer une partie de l'écart, puisque ceux qui s'inscrivent à ce genre de programme ne sont pas les mêmes que ceux qui ne s'y inscrivent pas. Ils recommandent explicitement des essais randomisés, et précisent que leur second volet, mené sur 26 personnes appariées, donne des résultats préliminaires.

Le 21 % contre 37 % n'est donc pas une preuve, c'est une piste. La différence compte : un outil qui annonce ses incertitudes est plus fiable qu'un outil qui annonce des pourcentages.

Quelles sont les limites de la communication non violente ?

Les limites de la CNV sont de quatre ordres : elle suppose un interlocuteur disponible, elle ne corrige aucune cause organisationnelle, elle fait porter l'effort de mise en forme sur celui qui parle, et elle n'a pas sa place face à la violence. Un outil sérieux se reconnaît à ce qu'il annonce ces bornes.

Elle ne fonctionne pas si l'autre n'est pas en état d'écouter

Face à quelqu'un qui hurle, qui est submergé, qui a bu, ou qui n'a tout simplement pas trente secondes, la meilleure formulation du monde ne passera pas. Dans ce cas, le seul geste utile est de différer : « on en reparle demain ». Ce n'est pas un renoncement, c'est une condition.

Le cas plus difficile est celui de la mauvaise foi. Ibrahim Ozturk et Claudia Fritsch, dans une analyse publiée le 19 novembre 2025 dans Populism & Politics, la revue à comité de lecture du European Center for Populism Studies (DOI 10.55271/pp0051), posent la question sans détour : que faire lorsque l'interlocuteur n'a aucun intérêt pour un dialogue de bonne foi ? Leur réponse est que la méthode peut alors se révéler naïvement inefficace, et ils relèvent au passage que la recherche empirique reste limitée sur son effet réel dans le débat public. Ce texte est une analyse théorique, et non une étude empirique originale — mais il nomme une limite que les pages promotionnelles passent sous silence.

Elle ne répare pas une organisation qui dysfonctionne

Quand les tensions d'une équipe viennent d'objectifs contradictoires, d'un manque de moyens ou de rôles mal définis, demander à chacun de mieux se parler revient à traiter le symptôme. La CNV rendra les échanges plus supportables ; elle ne changera pas la cause. C'est un point à poser franchement avant toute intervention en accompagnement d'équipe.

L'ampleur du sujet n'a rien d'anecdotique : selon l'INRS, qui s'appuie sur l'enquête Sumer de la Dares, 15 % des salariés déclaraient subir des comportements hostiles sur leur lieu de travail en 2017, contre 22 % en 2010. La tendance baisse, le phénomène reste massif — et il ne se règle pas uniquement par la formulation.

À qui demande-t-on de faire l'effort ?

Une critique récurrente, formulée de l'intérieur même du milieu qui pratique la CNV, porte sur la répartition de l'effort. Lisa Bovee-Kemper, dans un article publié le 25 septembre 2019 par LeaderLab, le site de l'Unitarian Universalist Association, reproche au procédé de faire porter le travail de mise en forme sur la personne qui subit, et d'imposer une norme de calme héritée de la culture dominante : des personnes minorisées se voient constamment demander, quand elles expriment leur vécu, de se tenir et de parler posément — selon les critères de la culture dominante — ou de se taire. Elle écrit par ailleurs que la CNV, telle qu'elle l'a elle-même vécue en formation, « peut ressembler à du harcèlement » lorsqu'elle est imposée comme un moyen de contrôle rigide.

L'objection est sérieuse, et il vaut mieux l'avoir en tête que la découvrir en séance. Elle ne disqualifie pas l'outil : elle rappelle qu'on ne peut pas exiger d'une personne en position basse qu'elle formule parfaitement pendant que l'autre s'en dispense. Quand la CNV est demandée à un seul côté de la table, elle cesse d'être un outil de dialogue.

Elle n'a pas sa place en situation de violence réelle

Les situations de violence réelle sortent purement et simplement du champ de la CNV, et il faut le dire nettement. Face à des violences physiques, à des humiliations répétées, à du harcèlement au travail ou à une situation d'emprise, le problème n'est pas la formulation. Chercher la bonne phrase fait perdre du temps, et l'idée qu'on pourrait désamorcer la violence en se formulant mieux fait porter la responsabilité à la mauvaise personne.

Dans ces situations, la priorité est la protection, puis l'appui de professionnels : votre médecin traitant, un psychologue, la médecine du travail ou un service de ressources humaines pour le cadre professionnel. Pour les violences faites aux femmes, le 3919 est un numéro national d'écoute, anonyme et gratuit, ouvert aux victimes, à leur entourage et aux professionnels concernés, accessible depuis un poste fixe comme depuis un mobile en métropole et dans les DROM. Le site du gouvernement précise qu'il ne s'agit pas d'un numéro d'appel d'urgence et qu'en cas d'urgence il faut appeler les forces de sécurité — en cas de danger immédiat, composez le 17, ou le 112, numéro d'urgence commun à l'Union européenne. Un coach n'est ni psychologue, ni psychiatre, ni thérapeute : le coaching part d'aujourd'hui et travaille vers un objectif, il ne soigne pas et ne remplace aucun suivi médical ou psychologique.

Comment utiliser la CNV au travail et à la maison ?

La CNV s'utilise différemment selon le terrain : au travail, le facteur limitant est le temps ; à la maison, c'est l'histoire commune. Les quatre temps ne changent pas, leur rythme si.

En entreprise, la CNV bute rarement sur la théorie et presque toujours sur le tempo. Une réunion laisse peu de place à l'énoncé complet, et personne n'a envie de passer pour celui qui a fait un stage. Le plus efficace est alors de n'utiliser que le premier temps en public — l'observation factuelle — et de garder le reste pour un échange à deux. C'est un des points travaillés en accompagnement de dirigeants et d'équipes, souvent en même temps que la façon de poser un cadre sans l'imposer.

À la maison, la difficulté est inverse : le temps ne manque pas, l'histoire est longue. On y traîne des formulations installées depuis des années et des interprétations devenues automatiques. Le travail y est plus lent, et il porte moins sur la phrase que sur la capacité à ne pas répondre du tac au tac — ce qui relève de la même compétence que la confiance et l'estime de soi : oser dire, sans avoir besoin d'avoir raison.

Que rend audible le cheval ?

Un cheval rend audible la part de la communication qui ne s'écrit pas : le rythme, le souffle, la posture, l'état d'où part la phrase. Marylou Rivaud-Marantier utilise les outils de la communication non violente en accompagnement, au même titre que la PNL, l'analyse transactionnelle ou l'ennéagramme. Mais l'intérêt du Centre n'est pas là. Il est dans ce que la présence d'un cheval fait apparaître, et qu'aucun exercice écrit ne peut produire.

Précision d'usage, parce qu'elle est rarement faite : le Center for Nonviolent Communication réserve l'emploi de ses appellations officielles à ses formateurs certifiés et demande à chacun d'indiquer clairement quand il ne l'est pas. Le Centre Equaizen n'est ni certifié, ni affilié, ni parrainé par cette organisation, et ne propose pas de formation à la communication non violente : il en utilise les outils dans un cadre de coaching.

Il ne comprend pas un mot de ce que vous dites

Un cheval ne traite ni le vocabulaire, ni la structure d'une phrase. Il discrimine en revanche les états humains : les travaux de l'université du Sussex publiés en 2016 dans Biology Letters par Amy Smith, Leanne Proops, Karen McComb et leurs collègues montrent qu'un cheval distingue spontanément un visage humain en colère d'un visage joyeux, et une étude des mêmes équipes parue en 2018 dans Current Biology qu'il s'en souvient plusieurs heures plus tard et ajuste son comportement en conséquence. Ces travaux ne portent ni sur la CNV ni sur l'équicoaching ; ce qui suit relève de l'observation de terrain. En séance, ce qui se voit d'abord est simple : il réagit au rythme, au souffle, à la posture, à la façon dont vous occupez l'espace. Autrement dit : il ne perçoit que la partie de la CNV qui ne s'écrit pas. Vous pouvez avancer vers lui avec une intention parfaitement formulée dans votre tête ; s'il s'arrête à trois mètres, cela peut vouloir dire beaucoup de choses. Le travail de la séance consiste justement à regarder ensemble ce que cela dit, s'il dit quelque chose, plutôt qu'à en décider d'avance.

Il rend l'écart perceptible, tout de suite

Le retour immédiat est précisément ce qui manque à l'apprentissage classique de la CNV. En conversation réelle, on ne sait jamais si la personne s'est fermée à cause du fond, de la forme, ou de son propre lundi matin. Avec un cheval, il n'y a pas d'ambiguïté sociale : rien, chez lui, ne ressemble à de la complaisance ou à de la politesse sociale — c'est en tout cas ce que l'expérience de séance donne à voir. Sa réaction se lit à l'instant, puis on la relit ensemble.

Une précision honnête s'impose ici : aucune des études sur la CNV citées plus haut ne porte sur le travail avec le cheval — elles portent sur des formations en salle — et les travaux du Sussex sur la perception équine ne portent, eux, ni sur la CNV ni sur l'équicoaching. Ce que décrit ce paragraphe relève de l'observation de terrain, pas d'un résultat mesuré.

Faut-il savoir monter à cheval ?

Non : tout se déroule au sol, sans aucun prérequis équestre, et vous ne montez jamais, avec Marylou présente en permanence. Vous commencez à la distance qui vous convient, y compris depuis la barrière. Coaching et équicoaching se combinent, ils ne s'opposent pas : voir le déroulé d'une séance et la comparaison des deux approches.

Par où commencer, concrètement ?

Le premier exercice utile tient en trois gestes : choisir une situation tiède, pas le conflit qui compte ; écrire les quatre temps, puis couper la moitié des mots ; dire la phrase à voix haute et écouter si vous vous croyez vous-même. Si la réponse est non, ce n'est pas la phrase qu'il faut retravailler.

Si vous voulez un regard extérieur, le premier échange téléphonique de 20 minutes est gratuit et sans engagement. La séance individuelle d'1h30 est ensuite à 80 €, au Centre — ou en visio pour le coaching. Vous pouvez faire une seule séance et vous arrêter là. Pour les équipes, les interventions se construisent sur mesure, sur devis.

Pour aller plus loin : les accompagnements dirigeants et équipes, le coaching confiance et estime de soi, l'intelligence émotionnelle, les tarifs, le Centre et le parcours de Marylou — 13 ans en postes de direction salariée avant de devenir coach et équicoach certifiée.

— Vos questions

Ce qu'on demande le plus souvent sur la CNV

Qu'est-ce que la communication non violente ?

La communication non violente, ou CNV, est une manière de formuler ce qu'on a à dire sans attaquer l'autre et sans se renier. Elle a été formalisée par Marshall B. Rosenberg (1934-2015), psychologue clinicien américain, qui a fondé en 1984 le Center for Nonviolent Communication. Elle s'appuie sur quatre temps : l'observation, le sentiment, le besoin et la demande.

Quelles sont les quatre étapes de la CNV ?

L'observation : décrire ce qui s'est passé, comme l'aurait enregistré une caméra, sans jugement. Le sentiment : dire ce que cela produit chez soi. Le besoin : nommer ce qui manque sous l'émotion. La demande : proposer quelque chose de précis, que l'autre peut refuser. Une demande qu'on ne peut pas refuser n'est pas une demande.

L'efficacité de la communication non violente est-elle démontrée ?

Les évaluations sont peu nombreuses et leurs résultats limités. Le seul essai randomisé français que nous ayons trouvé, publié en 2021 par Justine Epinat-Duclos et ses collègues dans l'International Journal of Medical Education, a porté sur 312 étudiants en médecine (123 formés, 189 témoins) et 2,5 jours de formation : l'empathie auto-déclarée progresse de 0,95 point sur la Jefferson Scale, tandis qu'aucune des trois mesures cognitives objectives n'évolue. Les auteurs relèvent eux-mêmes n'avoir observé d'effet que sur les mesures subjectives. Les chiffres du type « X % de conflits en moins » ne renvoient à aucune étude publiée que nous ayons pu retrouver.

Pourquoi la CNV sonne-t-elle faux quand on débute ?

Parce qu'on applique la forme sans l'intention. Les mots sont justes, mais la mâchoire est serrée, le débit s'accélère, et l'interlocuteur perçoit l'écart avant d'avoir traité la phrase. Un vocabulaire emprunté à un livre s'entend aussi. Mieux vaut ses propres mots, dits calmement, que la formule complète récitée d'un bloc.

La communication non violente, est-ce accepter tout ?

Non. La CNV n'est ni la politesse, ni l'évitement du conflit, ni le fait de tout encaisser. On peut y dire un refus net, poser une limite ferme et mettre fin à une relation. Ce qui change n'est pas la fermeté du message, c'est l'absence d'attaque sur la personne.

Que reproche-t-on à la communication non violente ?

Deux critiques documentées reviennent, auxquelles s'ajoute une réserve méthodologique. Lisa Bovee-Kemper, dans un article publié le 25 septembre 2019 par LeaderLab (Unitarian Universalist Association), reproche au procédé de faire porter le travail de mise en forme sur la personne qui subit, et d'imposer une norme de calme héritée de la culture dominante. Ibrahim Ozturk et Claudia Fritsch, dans une analyse publiée en 2025 dans Populism & Politics, la revue à comité de lecture du European Center for Populism Studies, relèvent que la méthode n'a pas été conçue pour des interlocuteurs sans intérêt pour un dialogue de bonne foi. Enfin, la revue de portée publiée en 2024 dans BMC Health Services Research par Paula Arquioli Adriani et ses collègues conclut à l'utilité de la CNV, mais sur un corpus de sept études seulement, aux méthodes hétérogènes, et appelle à des recherches expérimentales plus robustes.

La CNV fonctionne-t-elle face à une personne violente ?

Non, et c'est important de le dire. Face à des violences physiques, à du harcèlement, à une emprise, le problème n'est pas la formulation : chercher la bonne phrase fait perdre du temps et peut aggraver la situation. La priorité est la protection, puis l'appui de professionnels — médecin traitant, psychologue, médecine du travail. Le 3919 est un numéro national d'écoute anonyme et gratuit pour les violences faites aux femmes ; ce n'est pas un numéro d'urgence : en cas de danger immédiat, il faut appeler le 17 ou le 112.

Comment s'entraîner à la CNV autrement qu'en théorie ?

En s'exerçant sur des situations tièdes plutôt que sur le conflit qui compte, et en travaillant l'état d'où l'on parle autant que la phrase. C'est ce que permet un accompagnement : en coaching, on prépare et on rejoue la conversation ; en équicoaching, le cheval réagit au rythme et à la posture, pas au discours, et rend audible l'écart entre les deux.

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