Par Marylou Rivaud-Marantier, coach et équicoach professionnelle certifiée, fondatrice du Centre Equaizen — 13 ans en postes de direction salariée, certifications IPOCAMPUS 2020, équicoaching selon la méthode EPONA.
Publié le 3 août 2026 · mis à jour le 3 août 2026.
Vous occupez le poste. Les retours sont bons, parfois excellents. Et pourtant, une petite voix tient une comptabilité parallèle : ce dossier, c'était l'équipe ; cette promotion, c'était le bon moment ; ce client serait resté de toute façon. Vous vivez avec l'idée qu'un jour, quelqu'un regardera de plus près — et verra.
Le vécu porte un nom devenu courant : le syndrome de l'imposteur. Avec une particularité déroutante : il a d'abord été décrit chez des personnes dont les résultats ne sont contestés par personne. Cette page revient sur ce que le terme recouvre — y compris sur ce qu'il recouvre mal —, sur ce que les études mesurent réellement, sur la mécanique qui l'entretient et sur des leviers concrets.
Le syndrome de l'imposteur, qu'est-ce que c'est exactement ?
Le syndrome de l'imposteur désigne le sentiment persistant de ne pas mériter sa place, malgré des réussites objectives et reconnues par les autres. Les personnes concernées attribuent leurs succès à la chance, au timing, à l'effort fourni ou à l'indulgence d'autrui — jamais à leur compétence — et vivent avec la crainte d'être un jour démasquées. Ce n'est ni une maladie, ni un trait de caractère : c'est une manière de traiter les informations qui vous concernent.
Qui a décrit le syndrome de l'imposteur, et quand ?
Le phénomène a été décrit et nommé en 1978 par deux psychologues cliniciennes américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, dans un article intitulé The Imposter Phenomenon in High Achieving Women, publié par la revue Psychotherapy: Theory, Research and Practice (volume 15, n° 3, automne 1978). Une précision de méthode s'impose, parce qu'elle est presque toujours escamotée : il ne s'agissait pas d'une étude sur échantillon représentatif, mais de cinq années d'observation clinique. Les autrices écrivent avoir travaillé « en psychothérapie individuelle, en groupes internationaux centrés sur un thème et en cours » avec plus de 150 femmes en pleine réussite — docteures, professionnelles reconnues ou étudiantes distinguées pour leur excellence. L'échantillon qu'elles détaillent en compte 178, dont 95 étudiantes de premier cycle.
Un détail de vocabulaire change tout le reste : Clance et Imes parlent de « phénomène » de l'imposteur, jamais de « syndrome ». Le mot circule aujourd'hui parce qu'il est plus commode, pas parce qu'il a été choisi. Vous pouvez lire l'article fondateur de 1978 en accès libre (nouvelle fenêtre) sur le site de Pauline Rose Clance.
Pourquoi le mot « syndrome » est-il un contresens ?
En médecine, un syndrome désigne un ensemble de signes qui définissent un trouble identifié. Ici, il n'y en a aucun. Le syndrome de l'imposteur n'est pas un trouble reconnu. La revue systématique de référence sur le sujet, signée Dawn M. Bravata et ses collègues et publiée en 2020 dans le Journal of General Internal Medicine, l'écrit noir sur blanc : il ne figure ni dans le manuel diagnostique de l'American Psychiatric Association, ni comme diagnostic dans la Classification internationale des maladies, dans sa dixième révision (CIM-10) (nouvelle fenêtre). Personne ne peut donc vous le diagnostiquer, et personne ne peut vous en guérir.
La correction la plus nette vient de la personne qui a nommé le phénomène. Pauline Rose Clance récuse elle-même le mot : elle l'a confié à la psychologue sociale Amy Cuddy pour le livre Presence (2015), propos repris en 2016 par la journaliste L. V. Anderson dans Slate — « Si c'était à refaire, je l'appellerais l'expérience de l'imposteur, parce que ce n'est ni un syndrome, ni un complexe, ni une maladie mentale : c'est quelque chose que presque tout le monde éprouve » (nouvelle fenêtre). À Slate, elle ajoute ne pas savoir quand on a commencé à dire « syndrome », mais suppose que c'est simplement plus facile à penser que « phénomène ».
Six chercheurs des universités de Groningue, d'Exeter et de l'IMD Lausanne — Sanne Feenstra, Christopher T. Begeny, Michelle K. Ryan, Floor A. Rink, Janka I. Stoker et Jennifer Jordan — vont plus loin dans Contextualizing the Impostor "Syndrome" (Frontiers in Psychology, 2020). Décrire le phénomène comme un syndrome, écrivent-ils, « donne l'impression que les personnes qui en font l'expérience sont des patients » — le mot est de Bravata, qu'ils citent —, ce qui « suppose un modèle médical de dysfonctionnement à l'intérieur de l'individu ». Ils recommandent explicitement de préférer « phénomène de l'imposteur » à « syndrome de l'imposteur ». Cette page garde le mot dans son titre parce que c'est celui que vous avez tapé ; elle vous doit en revanche de dire qu'il est faux.
Bonne nouvelle au passage : un fonctionnement, ça s'observe et ça se déplace. Une pathologie, ça s'attend.
Un écart, pas un manque de compétence
Ce qui définit ce vécu n'est pas un déficit de compétence : c'est un écart entre ce que vous valez et ce que vous croyez valoir. Vos résultats sont visibles par tout le monde sauf par vous. La compétence est là ; c'est sa reconnaissance intérieure qui manque. Le mot « imposteur » lui-même égare, puisqu'il suggère une tromperie délibérée alors qu'il ne s'agit que d'une auto-évaluation faussée.
Cet écart explique pourquoi le sujet touche tant de personnes solides. Il recoupe le travail sur la confiance et l'estime de soi sans s'y confondre : on peut être très à l'aise dans l'action et convaincu, en même temps, de ne pas mériter sa place.
Comment se manifeste le syndrome de l'imposteur au quotidien ?
Personne ne se dit « je souffre du syndrome de l'imposteur ». Cela se manifeste rarement comme une pensée claire : plutôt par une série de petites choses qui, bout à bout, dessinent un motif :
- Attribuer ses réussites à l'extérieur — la chance, le timing, l'équipe qui a porté le projet. Il y a toujours une explication disponible, et elle n'est jamais vous.
- Craindre d'être démasqué — la sensation qu'une question un peu précise finira par révéler ce que vous ne savez pas. Avec une vigilance permanente, épuisante.
- Sur-préparer et sur-travailler — tout relire trois fois, arriver avec quarante slides pour un point de quinze minutes. La préparation cesse d'être un outil : elle devient une assurance.
- Ne pas savoir quoi faire d'un compliment — le minimiser, le renvoyer à l'équipe, changer de sujet. Il n'entre pas : il est traité comme une erreur qu'il faudrait rectifier.
- Reporter ce qui expose — la candidature, la demande d'augmentation, le tarif annoncé sans s'excuser. Pas encore. Pas cette fois. Quand je serai vraiment prêt.
Clance et Imes décrivaient déjà en 1978 les symptômes cliniques les plus fréquemment rapportés par les femmes qu'elles suivaient : « anxiété généralisée, manque de confiance en soi, dépression, et frustration liée à l'incapacité d'atteindre des standards de réussite qu'elles s'imposent elles-mêmes ». Elles précisaient juste avant que ces femmes « ne relèvent pas d'une seule et même catégorie diagnostique » : le tableau qu'elles observent est hétérogène, il ne dessine aucune entité clinique unique — ce qui, à la source même, disqualifie déjà le mot « syndrome ».
Qu'est-ce que ces signes ont en commun ?
Ces manifestations partagent une même racine, que Clance et Imes rattachaient dès 1978 aux travaux de Kay Deaux (1976) sur l'attribution causale : un tri des preuves. Les informations favorables sont écartées ou réexpliquées ; les défavorables sont conservées et généralisées. Un succès devient une circonstance, une maladresse une confirmation.
Le système est fermé, et c'est pour cela qu'il résiste aux arguments : le problème n'est pas l'information, mais son traitement.
Combien de personnes sont concernées ?
Aucun chiffre unique de prévalence n'est défendable, et c'est le premier résultat solide à retenir. La revue systématique de Dawn M. Bravata et ses collègues (2020), qui rassemble 62 études et 14 161 participants — étudiants, soignants et actifs de professions qualifiées, aucune étude en population générale —, trouve des taux allant de 9 % à 82 % — un écart qui tient, écrivent les auteurs, « en grande partie à l'outil de repérage et au seuil utilisés pour évaluer les symptômes ». Autrement dit, la prévalence dépend surtout de la façon dont on la mesure.
Une revue « parapluie » publiée en 2026 dans Medical Education par Mia Gisselbaek et ses collègues, qui synthétise 16 revues (8 systématiques, 8 de portée), confirme le diagnostic méthodologique : les mesures manquent de cohérence et il n'existe « aucun outil d'évaluation faisant référence ». Retenez la conséquence pratique : tout pourcentage lu quelque part sur ce sujet ne veut rien dire sans son échelle et son seuil.
D'où vient le chiffre des « 70 % » ?
Le chiffre le plus répandu sur ce sujet — « 70 % des gens connaîtront au moins un épisode de syndrome de l'imposteur dans leur vie » — ne se laisse pas remonter jusqu'à une étude publiée. Sa trace mène à un article de synthèse de Jaruwan Sakulku et James Alexander, paru en 2011 dans l'International Journal of Behavioral Science, où on lit : « On estime que 70 % des gens connaîtront au moins un épisode de ce phénomène de l'imposteur au cours de leur vie (Gravois, 2007). » La référence citée, une fois ouverte, n'est pas une étude : Gravois, J. (2007), « You're Not Fooling Anyone », The Chronicle of Higher Education, 54(11), A1 — un article de presse du 9 novembre 2007, qui renvoie lui-même à une enquête restée non publiée. Personne n'a donc jamais pu en vérifier ni la méthode, ni l'échantillon.
Un article de presse qui renvoie à une enquête jamais publiée, cité dans une revue, puis recopié pendant quinze ans jusqu'à devenir une donnée. La chaîne s'arrête là : ni protocole, ni échantillon, ni échelle à consulter. Rien n'oblige à penser que le chiffre soit faux ; simplement, rien ne permet de dire qu'il soit vrai. Le seul énoncé prudent est celui de Gisselbaek et de ses collègues, qui proposent de cesser de raisonner en catégories : le phénomène serait mieux compris comme « un spectre d'expériences dont l'intensité et les manifestations varient selon des facteurs individuels, interpersonnels et contextuels » — sans le quantifier.
Que disent les données françaises ?
Les premières données françaises en population générale datent de mars 2026 : une enquête Odoxa réalisée avec le concours scientifique du psychologue clinicien Kevin Chassangre, auprès de 2 006 personnes représentatives des Français de 18 ans et plus, interrogées par internet du 4 au 12 juin 2025. Trois résultats en ressortent : 83 % des Français présentent au moins des signes modérés, 32 % le ressentent de manière régulière à intense, et 60 % des moins de 25 ans sont concernés à un niveau élevé. L'enquête bat aussi en brèche l'idée que le sujet serait réservé aux cadres, même si Odoxa relève dans le même temps un « léger effet diplôme » (27 % en dessous du bac, 30 % au niveau bac, 36 % au-dessus) : 36 % des CSP+ et 37 % des CSP− le ressentent de manière régulière à intense (nouvelle fenêtre).
Une réserve de méthode s'impose. Odoxa signale que son questionnaire est une version retravaillée de l'échelle créée par Pauline Rose Clance ; l'institut le présente en revanche comme « un test clinique », ce qu'un questionnaire en ligne administré par quotas n'est pas. L'enquête a par ailleurs été publiée pour accompagner la sortie d'une bande dessinée sur le sujet, co-écrite par la directrice générale de l'institut. Cela n'invalide rien, mais il faut le savoir pour lire les résultats. Ces chiffres ne sont d'ailleurs pas directement comparables à la littérature internationale, et cette échelle reste un outil de recherche — en aucun cas un instrument de diagnostic. Toute reprise doit porter la signature « Odoxa–Kevin Chassangre ».
Dans quels contextes le sentiment d'illégitimité se déclenche-t-il ?
La recherche hésite encore entre deux lectures : un trait stable, enraciné dans le doute chronique et le perfectionnisme, ou un état qui s'allume dans des situations précises. Ce qui suit relève de la seconde — celle qui correspond à ce qui s'observe en accompagnement, quand on change de niveau ou de décor.
- Une promotion — vous héritez d'un périmètre que vous n'avez jamais tenu, et l'écart entre le titre et le sentiment intérieur devient bruyant.
- Un changement de poste ou d'entreprise — vos repères ne fonctionnent plus, personne ne connaît votre historique, et vos réussites passées ne se voient pas.
- Un environnement très compétitif — comité de direction, milieu académique, secteur où l'assurance affichée fait partie du costume. Vous comparez votre intérieur à l'extérieur des autres : comparaison perdue d'avance.
- Une reconversion professionnelle — vous redevenez débutant là où d'autres ont vingt ans d'avance, et l'expérience acquise ailleurs semble ne plus rien valoir.
- Être le seul de son profil — la seule femme du comité, le seul autodidacte, le plus jeune. La différence visible devient un motif tout trouvé pour expliquer que vous n'êtes pas à votre place.
L'enquête Odoxa–Kevin Chassangre donne un appui chiffré à cette lecture par les situations plutôt que par les personnes : la proportion de Français concernés à un niveau élevé passe de 60 % chez les 18-24 ans à 14 % chez les 65 ans et plus. Le sentiment d'illégitimité culmine là où tout est encore à prouver.
Pourquoi le surtravail entretient-il le doute ?
Voilà le mécanisme central de ce vécu, et le plus contre-intuitif : ce que vous faites pour vous rassurer est exactement ce qui entretient le doute. Chaque réussite arrachée à force d'heures fournit une explication toute prête — et ce n'est jamais vous.
Le raisonnement se tient, pourtant. Puisque vous n'êtes pas sûr d'être à la hauteur, vous compensez : vous travaillez davantage, vous préparez plus que nécessaire. Et ça marche, le résultat est là. Sauf qu'au moment de faire les comptes, la réussite est attribuée à l'effort fourni, pas à votre compétence. « J'ai réussi parce que j'ai travaillé comme un fou — donc si j'avais travaillé normalement, on aurait vu. »
La preuve est donc annulée par la manière même dont elle a été obtenue. Et la seule façon de tenir la fois suivante, c'est de recommencer, un peu plus fort.
Cette boucle n'a rien d'une intuition récente : elle est le premier des quatre mécanismes de maintien décrits par Clance et Imes en 1978. « Le premier type de comportement met en jeu l'assiduité et le travail acharné », écrivent-elles. « La peur que "ma bêtise soit découverte" est constamment présente ; en conséquence, la femme étudie ou travaille très dur pour empêcher cette découverte. » Elles nomment ensuite le cycle : inquiétude sur son intelligence, travail acharné et stratégies de camouflage, bons résultats, approbation et bien-être temporaire — un enchaînement dont elles notent qu'il « se renforce » lui-même.
Ce que la boucle finit par coûter
Tant que l'énergie suit, le système tient, parfois pendant des années. Ce qui l'arrête est rarement une prise de conscience : c'est plus souvent la fatigue, le moment où le corps lâche avant les convictions. Aucune étude ne l'a mesuré — c'est une lecture, pas un résultat.

Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Les femmes déclarent un peu plus souvent ce vécu que les hommes, mais l'écart est faible — bien plus faible que ce que laisse entendre le lieu commun. La méta-analyse de Paul C. Price, Brandi Holcomb et Makayla B. Payne, publiée en 2024 dans Current Research in Behavioral Sciences, porte sur 115 tailles d'effet et plus de 40 000 participants : les femmes obtiennent des scores plus élevés, avec un d de Cohen moyen de 0,27, une différence que les conventions statistiques rangent parmi les petites. Les auteurs relèvent aussi que cet écart varie selon les domaines et qu'il est plus faible dans les études menées en Asie qu'en Europe et en Amérique du Nord.
Bravata et ses collègues vont dans le même sens : sur les études qu'ils analysent, 17 ne trouvent aucune différence entre hommes et femmes, quand 16 rapportent des taux plus élevés chez les femmes. Le résultat le plus intéressant vient toutefois des données françaises. Chez les moins de 35 ans, l'enquête Odoxa–Kevin Chassangre ne mesure quasiment aucun écart : 57 % des femmes contre 56 % des hommes. L'écart ne se creuse qu'ensuite, à l'âge des prises de responsabilité : 51 % des femmes de 35-49 ans contre 28 % des hommes de la même tranche d'âge.
La lecture qui s'impose n'est donc pas celle d'une nature féminine plus encline au doute, mais celle d'un écart qui se creuse avec la vie professionnelle. Ce déplacement compte : il désigne un contexte, pas un tempérament.
Pourquoi les compliments ne règlent-ils rien ?
Si le syndrome de l'imposteur se résolvait par des arguments, il n'existerait plus : les personnes concernées ne manquent en général pas de retours positifs. Elles les entendent. Elles ne les reçoivent pas. Un compliment ajoute de l'information à un système qui la reclasse aussitôt.
Deux raisons. D'abord, un compliment dit ce que l'autre perçoit — et si vous êtes convaincu qu'il se trompe, il devient la preuve que votre façade fonctionne, donc un argument de plus contre vous. Ensuite, un retour venant de quelqu'un qui vous aime ou vous respecte se disqualifie souvent tout seul : il est mis sur le compte de la bienveillance.
Clance et Imes le constataient déjà, après cinq ans de suivi : « Nous n'avons pas trouvé que des réussites répétées suffisent, à elles seules, à briser le cycle. » C'est le résultat le plus utile de l'article de 1978, et le plus démoralisant si on le lit mal : réussir davantage ne suffit pas, parce que le tri est en amont.
D'où l'intérêt d'un regard extérieur, qui ne vous doit rien et n'a aucune image de vous à préserver. C'est aussi l'un des critères pour bien choisir son coach.
Cet écart ne se comble pas par des arguments. Sinon les compliments suffiraient.
Comment sortir du syndrome de l'imposteur : cinq leviers
Aucun de ces cinq leviers ne fait disparaître le doute d'un coup, et il faut se méfier de qui le promettrait. Ce sont des points d'appui.
1. Nommer le mécanisme, pas la personne
Une différence considérable sépare « je suis un imposteur » de « je suis en train de reclasser une réussite en coup de chance ». La première formulation est un verdict ; la seconde décrit une opération, qu'on peut examiner. Passer de l'une à l'autre est souvent le premier déplacement.
2. Tenir une comptabilité honnête des faits
Notez, pendant quelques semaines, ce qui a été fait et ce qui vous en revient : la décision prise, l'arbitrage que personne d'autre n'a su trancher. Pas les compliments — les faits. Il ne s'agit pas de vous convaincre, mais de constituer un matériau que le tri habituel n'a pas encore réécrit.
3. Distinguer ce que vous valez et ce dont vous êtes capable
On distingue généralement l'estime de soi, qui porte sur votre valeur, et la confiance en soi, qui porte sur ce dont vous vous croyez capable dans une situation donnée. Le syndrome de l'imposteur va souvent de pair avec une estime de soi basse — c'est l'une des associations les plus constantes de la littérature, relevée notamment par la revue parapluie de 2026 — alors même que la capacité opérationnelle est élevée : confondre les deux, c'est travailler dans la mauvaise direction. La page sur la confiance et l'estime de soi détaille cette distinction.
4. Agir avant de se sentir légitime
Le sentiment de légitimité suit plus souvent l'action qu'il ne la précède — c'est un parti pris de méthode, pas un résultat d'étude. Attendre d'être sûr pour postuler ou pour prendre la parole, c'est attendre la conséquence avant la cause. En séance, on cherche donc rarement le grand pas, mais l'action la plus petite qui produise une vraie information.
5. Accepter le compliment sans le corriger
Un exercice inconfortable et instructif : pendant une semaine, répondre « merci » et s'arrêter là. Pas de « c'était surtout l'équipe », pas de « c'était rien ». Le mot, puis le silence. La gêne que cela déclenche vous renseignera mieux qu'une analyse.
Le syndrome de l'imposteur se soigne-t-il ?
La question est mal posée, puisqu'il ne s'agit pas d'une maladie — et les données disponibles restent minces. Bravata et ses collègues le notaient en 2020 : aucun des articles retenus dans leur revue n'évaluait de traitement pour la gestion de ces symptômes. Leur recherche documentaire couvre pourtant janvier 1966 à mai 2018, et les études retenues vont de 1990 à 2018 : cinquante-deux ans de littérature dépouillée, et pas une évaluation de traitement.
La revue parapluie de Mia Gisselbaek et de ses collègues (Medical Education, 2026) apporte une nuance honnête. Sur les 16 revues synthétisées, elle relève que le coaching, les modules d'auto-apprentissage en ligne et les approches fondées sur la pleine conscience « montrent un potentiel » de réduction de l'intensité du phénomène — tout en soulignant que la qualité des études d'intervention reste variable. Des pistes, donc, pas une preuve. Il serait malhonnête de vous vendre autre chose : personne, y compris ici, ne peut vous garantir un résultat, et surtout pas en un nombre de séances annoncé d'avance.
Que renvoie le cheval qu'un argument ne peut pas donner ?
Disons-le avant vous : un cheval dans une histoire de légitimité professionnelle, cela peut sembler éloigné du sujet. Ce ne l'est pas — parce que ce qu'il renvoie est une preuve que le tri décrit plus haut ne parvient pas à réattribuer.
Le cheval ne sait rien de votre parcours
Un cheval n'a accès ni à votre CV, ni à votre titre, ni à ce qu'on dit de vous. Il n'a aucune raison d'être impressionné ni flatté. Ce à quoi il réagit, c'est ce que vous dégagez à l'instant : votre rythme, votre respiration, votre façon d'occuper l'espace.
Une preuve difficile à réattribuer
Le tri décrit plus haut a besoin d'une explication extérieure pour annuler chaque preuve : la chance, l'indulgence des autres, la réputation, l'effort fourni. Or un animal de six cents kilos qui se met en mouvement au moment où votre attitude change n'offre aucune de ces sorties de secours. Ce qui s'est passé s'est passé avec vous, à cet instant.
Rien de magique ni de mystique là-dedans : c'est un fait, obtenu au sol, sans monter, sans prérequis équestre, selon la méthode EPONA. Une réserve s'impose au passage, par cohérence avec tout ce qui précède : aucune des études citées sur cette page ne porte sur le travail avec le cheval en particulier. Pour le déroulé d'une séance, voir comment fonctionne l'équicoaching et ce qui distingue coaching et équicoaching — les deux se combinent.
Si votre sujet se joue au travail
Le sentiment d'illégitimité coûte cher en situation de responsabilité : une augmentation jamais demandée, une position abandonnée en comité, un poste refusé « parce que ce n'est pas encore le moment ». Marylou Rivaud-Marantier a passé 13 ans en postes de direction salariée avant de devenir coach : ce contexte, elle ne l'imagine pas. Si votre sujet touche à votre posture de cadre ou de dirigeant, l'entrée se fait par le coaching professionnel près de Lyon ; sinon par la page accompagnements particuliers.
Et si le problème n'était pas vous, mais votre environnement ?
Une critique de fond mérite d'être posée ici, parce qu'aucune page sur le sujet ne la reprend : ranger ce vécu du côté de l'individu revient à absoudre le contexte qui le produit. Sanne Feenstra et ses cinq co-auteurs le formulent nettement dans Frontiers in Psychology (2020) : des solutions centrées sur la seule personne peuvent, « au pire », « renforcer des logiques de culpabilisation de la victime, où les autres perçoivent que le "problème" vient de l'individu ».
Gisselbaek et ses collègues font le même constat en 2026, en le doublant d'un reproche adressé à la recherche elle-même : parmi les facteurs de risque identifiés à travers les revues figurent le perfectionnisme, l'appartenance à un groupe marginalisé et les structures de travail hiérarchiques — et les interventions recensées, coaching, modules d'auto-apprentissage, pleine conscience, portent presque toutes sur l'individu. Les auteurs n'en concluent pas qu'il faut renoncer à l'accompagnement individuel : ils appellent à une « double responsabilité », soutenir les personnes et agir sur les conditions culturelles et structurelles qui produisent ces signes.
La conséquence pratique est simple, et elle vaut d'être dite par quelqu'un dont c'est le métier d'accompagner des personnes : un management qui ne reconnaît jamais rien, une culture où l'assurance affichée tient lieu de compétence, un poste où l'on est le seul de son profil sont associés à ces signes chez des gens parfaitement solides. Dans ce cas, le travail utile n'est pas de « réparer » votre confiance, mais de vous rendre capable de nommer ce qui se passe — et parfois d'en tirer les conséquences.
Quand ce n'est plus l'affaire d'un coach
Autant le dire avant que vous ne réserviez : un coach n'est ni psychologue, ni psychiatre, ni thérapeute. Le coaching part d'aujourd'hui et travaille vers un objectif : oser une candidature, tenir une position en réunion, cesser de sur-préparer. Il ne soigne pas et ne remplace aucun suivi médical ou psychologique en cours.
Certaines situations relèvent d'un autre professionnel, et s'y adresser est souvent le chemin le plus court. En particulier lorsque le doute s'accompagne :
- d'une souffrance qui dure et qui déborde largement le cadre du travail ;
- d'un épuisement installé, avec troubles du sommeil ou perte d'élan durable ;
- d'une anxiété envahissante, de crises, ou d'une peur qui empêche d'aller travailler ;
- d'un événement traumatique ou d'un vécu ancien qui remonte ;
- d'idées noires, même passagères ;
- d'un trouble déjà identifié et suivi par ailleurs.
Dans ces cas, c'est un psychologue, un psychiatre ou votre médecin traitant qu'il faut consulter. Si cela apparaît lors du premier échange, c'est dit simplement et une orientation est proposée. Rappelons enfin ce que Clance et Imes signalaient dès 1978 : les symptômes cliniques les plus souvent associés à ce vécu sont l'anxiété généralisée et la dépression — deux motifs qui, eux, relèvent bien du soin.
Questions fréquentes sur le syndrome de l'imposteur
Le syndrome de l'imposteur est-il une maladie ?
Non. Le syndrome de l'imposteur n'est pas un trouble reconnu : la revue systématique de Dawn M. Bravata et ses collègues, publiée en 2020 dans le Journal of General Internal Medicine, écrit qu'il ne figure ni dans le manuel diagnostique de l'American Psychiatric Association, ni comme diagnostic dans la Classification internationale des maladies, dans sa dixième révision (CIM-10). Personne ne peut donc vous le diagnostiquer. C'est une expression descriptive qui nomme un vécu très répandu, et le mot « syndrome » est trompeur : il s'agit d'un mode de fonctionnement, pas d'une pathologie.
Qui a inventé l'expression « syndrome de l'imposteur » ?
Deux psychologues cliniciennes américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes, décrivent le phénomène en 1978 dans la revue Psychotherapy: Theory, Research and Practice (volume 15, n° 3). Elles écrivent « phénomène de l'imposteur », jamais « syndrome ». Pauline Rose Clance a d'ailleurs récusé ce mot : elle confie à la psychologue sociale Amy Cuddy, pour le livre Presence (2015), que si c'était à refaire, elle parlerait de « l'expérience de l'imposteur », « parce que ce n'est ni un syndrome, ni un complexe, ni une maladie mentale ». Propos repris en 2016 par la journaliste L. V. Anderson dans Slate.
Combien de personnes sont touchées par le syndrome de l'imposteur ?
Aucun chiffre unique n'est défendable. La revue systématique de Dawn M. Bravata et ses collègues (2020), qui rassemble 62 études et 14 161 participants, relève des taux allant de 9 % à 82 %, « en grande partie selon l'outil de repérage et le seuil utilisés ». Une revue parapluie publiée en 2026 dans Medical Education par Mia Gisselbaek et ses collègues confirme qu'il n'existe aucun outil de mesure faisant référence. Tout pourcentage lu quelque part doit donc être accompagné de son échelle et de son seuil, sans quoi il ne veut rien dire.
Les femmes sont-elles plus touchées que les hommes ?
Un peu plus, mais l'écart est faible. La méta-analyse de Paul C. Price, Brandi Holcomb et Makayla B. Payne, publiée en 2024 dans Current Research in Behavioral Sciences, porte sur 115 tailles d'effet et plus de 40 000 participants : les femmes obtiennent des scores plus élevés, avec un d de Cohen moyen de 0,27. Bravata et ses collègues recensent par ailleurs 17 études ne trouvant aucune différence entre hommes et femmes. L'enquête française Odoxa–Kevin Chassangre de 2026 ne mesure quasiment aucun écart avant 35 ans : 57 % des femmes contre 56 % des hommes.
Comment savoir si je suis concerné ?
Il n'existe pas de test qui trancherait à votre place. Un indice suffit souvent : regardez ce que vous faites de vos réussites. Si elles sont systématiquement expliquées par autre chose que vous, alors que vos erreurs sont retenues comme des preuves, le tri est déjà là.
Est-ce que cela disparaît avec l'expérience ?
Pas mécaniquement. Pauline Rose Clance et Suzanne Imes l'écrivaient déjà en 1978 : « Nous n'avons pas trouvé que des réussites répétées suffisent, à elles seules, à briser le cycle. » Ce n'est pas un manque d'expérience mais une façon de lire les faits : ajouter des réussites à un système qui les reclasse en circonstances favorables ne change rien. Ce qui bouge, c'est le pouvoir que ce doute a sur vos décisions.
Le syndrome de l'imposteur se soigne-t-il ?
La question est mal posée, puisqu'il ne s'agit pas d'une maladie, et les données disponibles restent minces. Bravata et ses collègues notaient en 2020 qu'aucun des articles retenus n'évaluait de traitement. La revue parapluie de Mia Gisselbaek et ses collègues (Medical Education, 2026), qui synthétise 16 revues, relève que le coaching, les modules d'auto-apprentissage en ligne et les approches fondées sur la pleine conscience « montrent un potentiel » de réduction de l'intensité du phénomène, tout en soulignant la qualité variable des études. Autrement dit : des pistes, pas une preuve. Méfiez-vous de qui promet une disparition en un nombre de séances donné.
Coaching ou psychologue pour le syndrome de l'imposteur ?
Le coaching part d'aujourd'hui et travaille vers un objectif concret : oser une candidature, tenir une position, cesser de sur-préparer. Quand le doute s'accompagne d'une souffrance durable, d'un épuisement, d'une anxiété envahissante ou d'idées noires, c'est un psychologue ou un médecin qu'il faut consulter, et non un coach.
En quoi un cheval peut-il aider sur ce sujet ?
Parce qu'il ne connaît ni votre CV, ni vos diplômes, ni votre réputation. Il n'a aucune raison d'être impressionné ni flatté, et ce à quoi il réagit, c'est votre état présent. Ce qu'il vous renvoie ne peut donc être attribué à la chance : c'est une preuve difficile à disqualifier.
Combien coûte un accompagnement chez Equaizen ?
La séance individuelle d'1h30 est à 80 euros, en coaching comme en équicoaching. Les forfaits sont dégressifs : 360 euros les 5 séances, 680 euros les 10 séances. L'atelier individuel d'une demi-journée est à 150 euros. Le premier échange de 20 minutes est gratuit. Voir le détail des tarifs et des forfaits.
Par où commencer
Si vous vous êtes reconnu ici, retenez ceci : ce que vous vivez n'est ni un défaut de caractère, ni une preuve que vous n'êtes pas à votre place. Ce n'est même pas un syndrome — celle qui a nommé le phénomène le dit elle-même. C'est un mode de traitement de l'information, et il peut se déplacer — non par la persuasion, mais par des expériences que le tri habituel n'arrive pas à réécrire.
L'accompagnement se déroule au Centre Equaizen, à Saint-Martin-Lestra dans les Monts du Lyonnais, à environ une heure de Lyon — ou en visio pour les entretiens. Découvrir le Centre · Les façons de commencer · Poser une question

