Lâcher prise : ce que ça veut dire, et comment s'y prendre

Publié le 3 août 2026 · Lecture 18 min

Par Marylou Rivaud-Marantier, coach et équicoach professionnelle certifiée, fondatrice du Centre Equaizen — 13 ans en postes de direction salariée, certifications IPOCAMPUS 2020, équicoaching selon la méthode EPONA.
Publié le 3 août 2026.

On vous l'a déjà dit. Un proche, un collègue bienveillant, peut-être vous-même à trois heures du matin : « il faudrait que tu lâches prise ». Vous êtes reparti avec exactement le même problème, plus une contrariété supplémentaire — celle de ne pas savoir faire une chose que tout le monde semble trouver simple.

Cette page part de là. Elle explique d'abord pourquoi le conseil, tel qu'il est formulé, ne peut pas fonctionner. Puis ce que lâcher prise n'est pas, parce que quatre contresens très répandus font renoncer d'avance. Ensuite ce que c'est réellement, ce que la recherche a réellement formalisé sous des noms qui ne sont pas celui-là, et comment faire le tri, concrètement. Enfin, pourquoi le contrôle n'est presque jamais un défaut de caractère, à quel moment le problème n'est plus le vôtre mais celui de votre organisation de travail — et à partir de quand ce n'est plus un coach qu'il vous faut.

Pourquoi le conseil « lâche prise » ne fonctionne-t-il pas ?

« Lâche prise » est une injonction paradoxale : elle demande d'obtenir par la volonté quelque chose que la volonté ne produit pas. La phrase appartient à la même famille que « détends-toi », « dors », « sois spontané », « arrête d'y penser ». Plus on s'applique, moins ça marche, et l'échec vient confirmer que le problème est bien chez soi. Le conseil crée le symptôme qu'il prétend traiter.

Une seconde difficulté est plus gênante encore. Cette phrase est adressée à quelqu'un pour qui le contrôle est justement la solution — celle qu'il a trouvée, qui a marché, et qui continue de marcher à ses yeux. Lui demander de lâcher, c'est lui demander de retirer ce qui, dans son expérience, empêche que tout parte de travers. Personne ne retire ça parce qu'on le lui a suggéré poliment.

D'où l'ordre suivi ici : on ne commence pas par lâcher. On commence par regarder ce qu'on tient, et pourquoi on le tient.

Ce que lâcher prise n'est pas

Quatre contresens font renoncer avant même d'avoir commencé : confondre lâcher prise avec renoncer, avec se détacher, avec tout accepter, et avec un état qu'on atteindrait une fois pour toutes. Les quatre ont en commun de déplacer le sujet vers le tempérament, alors qu'il porte sur l'endroit où vous placez votre énergie.

Lâcher prise, est-ce renoncer ?

Renoncer et lâcher prise sont deux opérations différentes : renoncer retire l'objectif, lâcher prise le garde et relâche la crispation sur la manière dont il doit arriver. On peut tenir énormément à un projet et cesser de vérifier douze fois par jour qu'il avance. Cette confusion est la première raison pour laquelle beaucoup refusent d'essayer : ils entendent « abandonne », et ils ont raison de refuser.

Lâcher prise, est-ce cesser d'y tenir ?

Le détachement froid est une autre stratégie de protection, pas un aboutissement. Il se construit souvent après une déception : si je ne compte plus dessus, je ne serai plus déçu. Lâcher prise ne consiste pas à réduire ce à quoi on tient. On peut être profondément concerné par quelque chose sans être en tension permanente à son sujet.

Faut-il tout accepter ?

Tout accepter est le contresens le plus coûteux, parce qu'il sert parfois à faire tenir des situations qui ne devraient pas tenir. Une charge de travail intenable, une relation qui vous abîme, un management humiliant ne relèvent pas du lâcher-prise : ils relèvent d'une décision, d'une limite, parfois d'un départ. Il ne s'agit jamais de se raisonner pour supporter ce qui n'est pas supportable.

Est-ce un état qu'on atteint une fois pour toutes ?

Aucun état stable de « lâcher-prise » n'existe, et personne n'y accède définitivement. Il y a des moments où l'on relâche, et d'autres où l'on resserre — souvent dans la même semaine. Viser un état stable revient à ajouter un objectif de plus à une liste déjà trop chargée, et à se noter dessus.

Lâcher prise : les quatre contresens et ce que c'est réellement Comparaison en deux colonnes. À gauche, ce que lâcher prise n'est pas : renoncer, s'en moquer, tout accepter, un état qu'on atteint une fois. À droite, ce que c'est : garder le cap et relâcher la crispation, rester concerné sans être en tension, décider et poser des limites, relâcher par moments plutôt qu'une fois pour toutes. Conclusion : lâcher prise n'enlève pas l'objectif, seulement la crispation. Ce que ce n'est pas Ce que c'est Renoncer Garder le cap, relâcher la crispation S'en moquer Rester concerné, sans être en tension Tout accepter Décider, poser des limites Un état qu'on atteint une fois Relâcher par moments, pas une fois pour toutes on ne retire pas l'objectif, seulement la crispation
Ces quatre contresens suffisent à faire renoncer avant même d'avoir commencé.

Que veut dire lâcher prise, concrètement ?

Une définition utilisable tient en une phrase : lâcher prise, c'est cesser de dépenser de l'énergie sur ce qui ne dépend pas de vous. Pas devenir sage. Pas accepter. Arrêter de payer pour quelque chose qui, de toute façon, ne se règle pas avec votre énergie.

Formulé ainsi, lâcher prise n'est plus un état intérieur à atteindre, mais une opération de tri. Et un tri, ça se fait — avec une feuille, en dix minutes, sans humeur particulière.

Le contrôle donne l'impression d'agir, et c'est précisément ce qui rend l'affaire trompeuse. Rejouer une conversation dix fois, anticiper toutes les réactions possibles de quelqu'un, relire trois fois un message avant de l'envoyer : ça occupe, ça fatigue, et ça ne modifie rien à la situation. L'énergie part sur la case où elle n'a aucun effet, et il n'en reste plus pour celle où elle en aurait.

« Lâcher prise » est-il un concept scientifique ?

« Lâcher prise » n'est pas un concept scientifique. L'expression ne correspond à aucune définition académique et aucune publication d'origine : aucun chercheur ne l'a formalisée, et il n'existe donc rien à citer derrière la formule. Ce que la recherche a bien formalisé, ce sont des notions voisines qui portent d'autres noms — le locus de contrôle, la suppression de pensée, la rumination, l'évitement expérientiel — et ce sont elles qui donnent des repères utilisables.

Cette absence a une conséquence pratique immédiate. Quand une page vous annonce que « selon les psychologues, le lâcher-prise consiste à… », elle attribue à la science une formule que la science n'a pas produite. La même prudence vaut pour les chiffres qui accompagnent généralement ce genre de phrase.

D'où vient le chiffre des « 95 % d'inquiétudes qui ne se réalisent jamais » ?

Le chiffre le plus repris de tout le sujet n'a aucune source primaire consultable. Selon les pages qui le citent, il vaut 85 %, 92 % ou 95 % — une variation de dix points pour un même « résultat » suffit à indiquer qu'il ne s'agit pas d'une mesure. Même chose pour les « 60 000 pensées par jour, dont 80 % négatives », attribuées tantôt à une agence de recherche américaine, tantôt à un laboratoire d'imagerie, et pour lesquelles aucune publication n'a pu être retrouvée.

Ces chiffres ne sont donc employés nulle part sur cette page. Le principe retenu ici est simple : un chiffre sans source primaire lisible ne vaut rien, même s'il va dans le bon sens. La suite ne cite que des travaux identifiables, avec l'auteur, le titre, l'année et la revue.

Qu'est-ce que le locus de contrôle ?

Le locus de contrôle désigne la croyance qu'une personne entretient sur l'origine de ce qui lui arrive : soit les événements dépendent de son propre comportement, soit ils dépendent de la chance, du hasard ou d'autrui. Julian B. Rotter formalise cette distinction en 1966 dans une monographie de 28 pages, Generalized expectancies for internal versus external control of reinforcement, publiée par Psychological Monographs: General and Applied (vol. 80, n° 1, p. 1-28).

Rotter y écrit que lorsqu'une personne « perçoit que l'événement dépend de son propre comportement ou de ses caractéristiques relativement permanentes », il s'agit d'une croyance en un contrôle interne ; dans le cas contraire, d'une croyance en un contrôle externe. C'est le concept scientifique le plus proche du tri proposé plus bas — à ceci près que Rotter décrit une croyance générale, pas une opération à effectuer sur une situation précise.

D'où vient la distinction « ce qui dépend de nous » ?

La distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas est stoïcienne, et elle a près de vingt siècles. Elle ouvre le Manuel d'Épictète (Ier-IIe siècle), que le philosophe n'a pas écrit lui-même — c'est son élève Arrien qui a compilé son enseignement —, et dont le chapitre I commence ainsi, dans la traduction de Jean-Marie Guyau publiée en 1875 (nouvelle fenêtre) : « Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. Celles qui dépendent de nous, c'est l'opinion, le vouloir, le désir, l'aversion : en un mot tout ce qui est notre œuvre. »

La suite du passage est plus radicale que les versions modernes. Épictète range explicitement dans ce qui ne dépend pas de nous « le corps, les biens, la réputation, les dignités ». Autrement dit, la ligne ne passe pas entre les événements et les personnes, mais entre les mouvements intérieurs — juger, vouloir, désirer, refuser — et absolument tout le reste. Le tri proposé plus bas est volontairement moins tranchant : il porte sur des situations concrètes, et il admet qu'une action puisse peser sans décider.

Un locus de contrôle interne est-il toujours préférable ?

Non, et c'est Rotter lui-même qui le dit, dans la publication d'origine. Il relève que les personnes situées à l'un ou l'autre extrême de la dimension « sont susceptibles d'être mal ajustées selon la plupart des définitions », et note que « le sujet interne ayant un historique d'échecs doit s'en prendre à lui-même ». Il en tire, dans sa discussion de la validité de l'échelle, que la relation entre les scores interne-externe et l'ajustement psychologique « ne serait ni linéaire ni claire d'un point de vue théorique ».

Rotter ajoute, à propos des situations de réussite scolaire, une restriction que les reprises oublient : ces attitudes « ne sont manifestement pas généralisées à tous les domaines » — alors même que son concept est, par construction, une attente généralisée. On peut se sentir parfaitement maître de sa carrière et totalement démuni face à sa santé, ou l'inverse. Le locus de contrôle n'est pas un trait unique qu'on posséderait en un exemplaire.

La conséquence pratique est décisive pour ce qui suit. « Reprenez le contrôle de votre vie » et « lâchez tout » sont deux slogans, et ni l'un ni l'autre ne décrit un point d'arrivée souhaitable. Le tri qui vient ne cherche donc pas à augmenter votre sentiment de contrôle : il cherche à le placer là où il porte.

Faire le tri : ce qui dépend de vous, ce qui n'en dépend pas

Le tri consiste à séparer, dans une situation donnée, le geste qui vous appartient du résultat qui ne vous appartient pas. Prenez la situation qui vous tient en tension en ce moment — une seule — et posez-lui trois questions.

Les trois questions à se poser

  • Est-ce que je peux agir dessus aujourd'hui ? Pas « un jour », pas « si les choses changent » : aujourd'hui, avec les moyens que j'ai réellement.
  • Si j'agis, est-ce que le résultat dépend de moi seul ? Envoyer la candidature dépend de vous. La réponse du recruteur, non.
  • Qu'est-ce que je paie pour continuer à m'en occuper ? Du sommeil, de l'attention, de la patience — et de la disponibilité pour les gens qui sont là.

La deuxième question fait le plus de travail. Presque toutes les situations se coupent en deux : il y a un geste, qui vous appartient, et un résultat, qui ne vous appartient pas. Le mélange des deux est précisément ce qui épuise — on croit travailler sur le geste alors qu'on rumine le résultat.

Exemples de situations : ce qui dépend de vous et ce qui n'en dépend pas
La situation Ce qui dépend de vous Ce qui n'en dépend pas
Un entretien d'embauche Votre préparation, vos réponses, votre franchise sur ce que vous cherchez La décision, les autres candidatures, le budget du poste
Une conversation qui s'est mal passée Reprendre contact, dire ce que vous n'avez pas dit, présenter des excuses Ce que l'autre en a compris, ce qu'il en pense aujourd'hui
Un enfant qui grandit Ce que vous transmettez, ce que vous rendez possible, votre présence Ses choix, son rythme, la vie qu'il décidera de mener
Un projet dans votre équipe Vos arbitrages, ce que vous demandez, ce que vous déléguez vraiment L'implication de chacun, les décisions prises au-dessus de vous
La santé d'un proche Être là, poser les questions, organiser le concret, tenir dans la durée L'évolution, le calendrier, ce que la médecine peut ou ne peut pas

Ce que le tri ne règle pas

Le tri fait apparaître la ligne. Il ne suffit pas à s'y tenir. Savoir que la réponse du recruteur ne dépend pas de vous ne vous empêchera pas d'y penser à deux heures du matin, et c'est normal : la partie de vous qui contrôle n'obéit pas à un raisonnement, parce qu'elle n'est pas née d'un raisonnement. C'est le sujet de la section suivante.

On ne lâche pas parce qu'on l'a décidé. On lâche quand on a compris à quoi le contrôle servait.

Pourquoi avez-vous besoin de tout contrôler ?

Le besoin de tout contrôler se présente rarement comme un trait de caractère. Aucune des publications citées sur cette page ne porte sur ce point : ce qui suit décrit une lecture de séance, pas un résultat établi. Comprendre ce qu'il protégeait change complètement la façon de s'y prendre, parce qu'on ne défait pas de la même manière un défaut et une compétence devenue inutile.

Le contrôle a d'abord été une solution

Personne ne devient contrôlant par goût. Le contrôle s'installe souvent après quelque chose — c'est ce qui s'observe en séance, pas un résultat de recherche : un foyer où l'on ne savait pas dans quel état on retrouverait un adulte le soir, une famille où il fallait anticiper pour éviter l'orage, une période professionnelle où une inattention a coûté cher, une perte que rien n'avait annoncée. Dans ce contexte, tout prévoir n'était pas un défaut de caractère. C'était une compétence, et elle a fonctionné.

Le problème n'est pas qu'elle ait existé, c'est qu'elle soit restée en service. Le dispositif continue de tourner quand le danger n'est plus là, et il traite aujourd'hui une réunion d'équipe ou un mail sans réponse avec l'intensité qu'exigeait autre chose, il y a longtemps.

Pourquoi la boucle se resserre-t-elle avec le temps ?

Le contrôle a une propriété qui le rend difficile à défaire : il soulage. Vérifier apaise, brièvement — et comme ça apaise, on recommence. Cette description est celle qui revient en séance ; aucune des publications citées ici ne la démontre. Chaque contrôle laisse au passage entendre que sans lui, tout aurait mal tourné — ce qui n'a jamais été mis à l'épreuve, justement. La boucle se referme sur elle-même, et elle se resserre.

La boucle du contrôle Quatre étapes qui se répètent. Une insécurité fait sentir que quelque chose peut échapper. Le contrôle prend le relais : vérifier, anticiper, tout prévoir. Un soulagement suit, bref mais réel. Puis la tension revient, un peu plus vite, et le cycle recommence. La boucle ne se coupe pas par la volonté mais par une expérience qui la contredit. 1 · L'insécurité quelque chose peut m'échapper 2 · Le contrôle vérifier, anticiper, tout prévoir 3 · Le soulagement bref, mais réel 4 · La tension revient, un peu plus vite et la boucle se resserre elle ne se coupe pas par la volonté, mais par une expérience qui la contredit
Tant que la boucle n'a jamais été mise à l'épreuve, elle a l'air indispensable.

Ruminer, est-ce réfléchir ?

Ruminer et réfléchir sont deux activités différentes : réfléchir cherche une issue, ruminer repasse la même séquence sans en produire aucune. La psychologue Susan Nolen-Hoeksema a formalisé en 1991, sous le nom de théorie des styles de réponse, une distinction voisine : celle entre répondre à une humeur basse en ruminant et y répondre en se distrayant. La séparation entre rumination et introspection plus adaptée est, elle, un chantier de recherche plus récent, que la revue de 2008 signale comme ouvert. Dans Rethinking Rumination (Perspectives on Psychological Science, 2008, vol. 3, n° 5, p. 400-424), Susan Nolen-Hoeksema, Blair E. Wisco et Sonja Lyubomirsky récapitulent ce que les travaux ont établi : la rumination « aggrave la dépression, renforce la pensée négative, dégrade la résolution de problèmes, entrave le passage à l'action et érode le soutien social ».

Deux précisions s'imposent. La première : ces conclusions portent sur des symptômes mesurés en population clinique et non-clinique, pas sur l'inquiétude ordinaire d'un dimanche soir, et elles ne disent rien de votre cas. Elles ne disent pas non plus que ruminer serait sans conséquence : la même revue rattache la rumination au déclenchement des épisodes dépressifs, et, au-delà de la dépression, à l'anxiété, aux crises de boulimie, aux consommations excessives d'alcool et aux conduites auto-agressives. La seconde nuance le conseil que tout le monde donne, sans l'annuler : l'article signale que la rumination prédit plus régulièrement le déclenchement d'un épisode dépressif que sa durée — même si, combinée à des styles cognitifs négatifs, elle prédit aussi la durée des symptômes. Et contrairement aux prédictions initiales de la théorie, l'usage de « distractions positives » n'a pas été associé de façon constante à moins de symptômes dans les études corrélationnelles ; les auteures précisent toutefois, dans la même phrase, que « des dizaines d'études expérimentales montrent que les distractions positives soulagent l'humeur dépressive ». Autrement dit, « pense à autre chose » n'est ni démontré ni démenti par ces travaux : ce qui s'observe en laboratoire ne se retrouve pas dans les enquêtes sur la vie courante.

Ce que ça change de le savoir

Beaucoup. Tant que vous voyez le contrôle comme un défaut, vous vous battez contre vous-même — et la partie qui contrôle a d'excellentes raisons de résister, puisqu'elle vous a été utile. Dès que vous la voyez comme une protection qui a servi, la question se déplace : ce n'est plus « comment m'en débarrasser », c'est « de quoi est-ce que ça me protège encore, et est-ce que j'en ai toujours besoin ici ».

La nuance porte sur la posture, et elle décide de la suite. On n'obtient pas ce genre de déplacement contre soi. On l'obtient en s'y intéressant.

Rond de longe extérieur du Centre Equaizen, lieu des séances d'équicoaching au sol
« Devant un cheval, forcer ne donne rien. C'est la première chose qu'on constate, et personne n'a besoin de vous l'expliquer. » Le rond de longe du Centre Equaizen, près de Lyon

Manquez-vous de lâcher-prise, ou de marge de manœuvre ?

Une part de ce qu'on prend pour un défaut de lâcher-prise est un problème d'organisation du travail, pas de crispation personnelle. La distinction n'est pas une nuance de confort : elle décide de ce sur quoi il faut agir, et se tromper de côté coûte des mois.

Qu'est-ce que le « job strain » ?

Le job strain désigne la combinaison d'une forte demande psychologique et d'une faible latitude de décision au travail. Robert A. Karasek Jr. publie ce modèle en 1979 dans Administrative Science Quarterly (vol. 24, n° 2, p. 285-308), sous le titre Job Demands, Job Decision Latitude, and Mental Strain: Implications for Job Redesign. Son résultat tient en deux phrases : « la constatation constante est que c'est la combinaison d'une faible latitude décisionnelle et de fortes exigences professionnelles qui est associée à la tension mentale », et « cette même combinaison est également associée à l'insatisfaction au travail ».

Le mot décisif est combinaison. Une charge lourde assortie d'une réelle marge de manœuvre ne produit pas le même effet qu'une charge lourde sans marge de manœuvre. Ce n'est donc pas la quantité de travail qui est en cause : c'est le rapport entre ce qu'on vous demande et ce que vous pouvez décider. Une précision de lecture, tout de même. Karasek emploie les deux registres : son modèle « prédit que la tension mentale résulte de l'interaction entre les exigences du poste et la latitude décisionnelle », tandis que son résultat empirique, mesuré sur deux enquêtes nationales en Suède et aux États-Unis, est formulé comme une association. La causalité appartient au modèle proposé, pas à l'observation.

Les deux axes du modèle de Karasek : demande et latitude de décision Un tableau à quatre cases croisant deux axes. En colonnes, une faible latitude de décision et une forte latitude de décision. En lignes, une forte demande psychologique et une faible demande. La case qui croise forte demande et faible latitude est celle que Karasek associe à la tension mentale et à l'insatisfaction au travail. Les trois autres cases décrivent une charge lourde avec de la main sur les décisions, une charge légère sans main sur les décisions, et une charge légère avec de la main. Faible latitude de décision Forte latitude de décision Forte demande Faible demande Beaucoup à faire, aucune main dessus tension mentale et insatisfaction Beaucoup à faire, mais on décide charge lourde, marge réelle Peu à faire, aucune main dessus charge légère, marge nulle Peu à faire, et on décide charge légère, marge réelle
Robert A. Karasek Jr., Administrative Science Quarterly, 1979 : seule la case en haut à gauche est celle qu'il associe à la tension mentale et à l'insatisfaction au travail.

Combien de salariés français sont concernés ?

En France, près d'un salarié du secteur privé sur trois est classé en situation de job strain. La proportion a fortement augmenté entre 2003 et 2010 ; depuis, selon l'INRS, « la tension au travail se stabilise à un niveau élevé ». Le mot « classé » compte : l'indicateur repose sur des seuils — la médiane de 2003 sur chacun des deux axes — et non sur un diagnostic. L'enquête SUMER, menée par la Direction générale du travail et la DARES d'avril 2016 à septembre 2017 (26 500 questionnaires exploitables), situe cette part à 31,6 % en 2017, après 26,8 % en 2003 et 32,2 % en 2010, sur le champ commun aux quatre éditions de l'enquête — les 18,5 millions de salariés du secteur privé et de la Mutualité sociale agricole en France métropolitaine (S. Memmi, É. Rosankis, N. Sandret et leurs collègues, « Premiers résultats de l'enquête SUMER 2017 », Références en santé au travail, INRS, n° 159, TF 273, 2019).

Deux autres chiffres de la même enquête disent concrètement de quoi il s'agit. 17,9 % des salariés cumulent en 2017 cette situation avec un faible soutien social — ce que l'enquête appelle l'iso-strain. Et 41,8 % des salariés déclarent ne pas pouvoir faire varier les délais qui leur sont fixés, contre 35,4 % en 2003 (nouvelle fenêtre, PDF). Un délai qu'on ne peut pas déplacer n'est pas une crispation intérieure : c'est un fait d'organisation.

Le constat n'est pas propre à la France. L'enquête européenne sur les conditions de travail 2024, dont Eurofound a publié les principaux enseignements en avril 2026, a été menée en face-à-face auprès de 36 644 personnes dans 35 pays : moins d'un travailleur sur deux y estime avoir assez d'occasions d'utiliser ses compétences. Et chez ceux qui travaillent en équipe, c'est l'équipe elle-même qui décide de la répartition des tâches dans deux tiers des cas, et de son calendrier dans un cas sur deux.

Où s'arrête le lâcher-prise, où commence l'organisation ?

L'autonomie au travail désigne, selon l'INRS, « la possibilité d'être acteur dans son travail ». L'institut précise qu'elle recouvre à la fois les marges de manœuvre pour s'auto-organiser et la participation aux décisions qui concernent directement son activité, et qu'elle rejoint la notion de latitude décisionnelle du modèle de Karasek. Elle figure parmi les familles de facteurs de risques psychosociaux au travail (nouvelle fenêtre) identifiées par l'institut.

Le même institut définit le stress comme un « déséquilibre entre la perception qu'une personne a des contraintes de son environnement de travail et la perception qu'elle a de ses propres ressources pour y faire face ». Deux perceptions, donc — et rien qui ressemble à une fragilité de caractère.

La conclusion pratique est nette. Desserrer sa propre crispation est un travail qui vous appartient ; obtenir de la marge de manœuvre en est un autre, qui ne se règle pas en respirant mieux. Confondre les deux revient à se rendre responsable d'une organisation qu'on ne décide pas, et c'est exactement ce que produit l'injonction à lâcher prise adressée à quelqu'un qui manque de latitude. Quand c'est le cadre de travail qui est en cause, le sujet se traite avec l'employeur, pas avec soi-même — c'est souvent ce que fait apparaître un accompagnement côté dirigeants et équipes.

Cinq pistes pour desserrer, sans se forcer

Cinq appuis concrets par lesquels commencer : trier par écrit, choisir un seul endroit où relâcher, reporter le souci au lieu de se l'interdire, passer par le corps, et relire les fois où vous n'avez pas contrôlé. Aucun ne demande d'accompagnement, et aucun ne suppose d'avoir « compris » quoi que ce soit au préalable.

1. Faire le tri par écrit, pas dans sa tête

Dans la tête, tout se mélange et rien ne se termine. Deux colonnes sur une feuille, cinq minutes. La colonne de droite — ce qui ne dépend pas de vous — n'a pas à être résolue. Elle a seulement à être vue, et relue quand la rumination reprend.

2. Choisir un seul endroit où vous relâchez

Pas « tout ». Un endroit précis, pour une semaine : ne pas relire ce mail avant de l'envoyer, ne pas demander où en est le dossier avant vendredi, laisser quelqu'un s'y prendre à sa manière. C'est volontairement minuscule, et c'est ce qui marche : vous ne testez pas une théorie, vous fabriquez une preuve.

Une semaine n'a rien d'un délai magique, et méfiez-vous des pages qui vous promettront vingt et un jours pour installer une habitude : ce chiffre ne repose sur aucune mesure publiée. Une semaine est simplement une durée assez courte pour être tenue et assez longue pour produire une observation.

3. Reporter le souci, plutôt que se l'interdire

S'interdire une pensée ne la supprime pas : l'interdiction la ramène. Daniel M. Wegner, David J. Schneider, Samuel R. Carter III et Teri L. White l'ont montré en 1987 dans Paradoxical effects of thought suppression (Journal of Personality and Social Psychology, vol. 53, n° 1, p. 5-13) — l'expérience dite « de l'ours blanc ». Les participants à qui l'on demandait de ne pas penser à un ours blanc pendant cinq minutes se sont révélés « incapables de supprimer la pensée comme demandé », et les auteurs concluent que la suppression volontaire d'une pensée « a des effets paradoxaux en tant que stratégie de contrôle de soi ».

Restreindre volontairement son inquiétude à un moment fixe a, en revanche, été testé — non pas contre l'interdiction de penser, mais contre l'absence de toute consigne. Thomas D. Borkovec, Lenore Wilkinson, Rowland Folensbee et Caryn Lerman ont examiné ce dispositif en 1983, dans Stimulus control applications to the treatment of worry (Behaviour Research and Therapy, vol. 21, n° 3, p. 247-251), auprès de personnes se déclarant inquiètes. Sur deux expériences et un protocole de quatre semaines, « les relevés quotidiens d'inquiétude ont diminué de façon significative chez les sujets traités par rapport aux témoins », lesquels ne recevaient aucune consigne. Aucune étude n'a comparé directement le report à l'interdiction.

En pratique : « j'y reviens à 18 h », plutôt que « je n'y pense plus ». La pensée n'est pas refusée, elle est mise à une heure. La plupart du temps, à 18 h, elle a perdu de sa charge, et parfois vous l'avez oubliée. Précision honnête : ces travaux portent sur des personnes qui se déclaraient inquiètes, dans un protocole encadré, et non sur le lâcher-prise en général.

4. Passer par le corps, parce que la tension y est

Le contrôle prend souvent une forme physique : mâchoire serrée, épaules montées, souffle court et haut. Le raisonnement n'atteint pas cette couche-là, et c'est pourtant la seule sur laquelle vous ayez la main tout de suite. Ralentir la respiration, allonger l'expiration, desserrer volontairement la mâchoire : des gestes disponibles, sans matériel, sans attendre d'y croire.

Une précision que presque aucune page ne fait : rien n'est affirmé ici sur le mécanisme. On lit partout que l'expiration longue « active le système nerveux parasympathique » ; faute d'une source solide à citer sur ce point précis, cette page s'abstient. Ce qui se constate, en séance comme chez soi, est plus modeste et suffit : quelque chose se relâche dans le corps avant que les idées ne bougent.

5. Regarder ce qui s'est passé quand vous n'avez pas contrôlé

Vous avez forcément, ces derniers mois, laissé filer quelque chose — par fatigue, par oubli, par manque de temps. Que s'est-il passé ? Souvent moins que ce que vous aviez redouté — mais c'est à vous de le vérifier, sur vos propres épisodes. Ces épisodes sont des données que vous possédez déjà et que vous n'avez jamais comptées, parce qu'ils n'ont pas fait d'histoire.

Ces cinq pistes ne demandent aucun accompagnement. Quand elles ne suffisent pas, c'est en général que le sujet n'est pas le contrôle lui-même mais ce qu'il protège — et c'est là qu'un regard extérieur sert, y compris pour savoir choisir la personne à qui l'on parle.

Les méthodes fondées sur l'acceptation tiennent-elles leurs promesses ?

Les approches dites « d'acceptation » sont celles qu'on cite le plus dès qu'il est question de lâcher-prise, et leur bilan mesuré est bien plus discuté que leur réputation ne le laisse croire. Le dire n'est pas une critique gratuite : c'est ce qui permet de savoir quoi en attendre, et de repérer une promesse excessive quand on vous en fait une.

Qu'est-ce que l'évitement expérientiel ?

L'évitement expérientiel désigne les efforts déployés pour fuir ou supprimer ses propres pensées, émotions et souvenirs. Steven C. Hayes, Kelly G. Wilson, Elizabeth V. Gifford, Victoria M. Follette et Kirk Strosahl en proposent en 1996, dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology (vol. 64, n° 6, p. 1152-1168), une définition destinée à servir de dimension diagnostique fonctionnelle transversale — l'ouvrage fondateur de la thérapie d'acceptation et d'engagement paraîtra en 1999. Ils y avancent qu'un large ensemble de formes de psychopathologie « peut être conceptualisé comme des efforts malsains pour échapper aux émotions, pensées, souvenirs et autres expériences privées, et pour les éviter ».

L'idée rejoint directement ce qui précède : ce n'est pas ce que vous ressentez qui pose problème, c'est l'énergie dépensée à ne pas le ressentir. La formule vaut d'ailleurs pour le contrôle lui-même — vérifier, c'est éviter d'éprouver l'incertitude.

Que vaut la thérapie d'acceptation et d'engagement ?

Le niveau de preuve de cette approche est débattu, et deux bilans successifs aboutissent à des conclusions opposées. Lars-Göran Öst a publié en 2014, dans Behaviour Research and Therapy (vol. 61, p. 105-121), une revue systématique et méta-analyse portant sur 60 essais randomisés et 4 234 participants : la taille d'effet moyenne y est faible (0,42), et tombe à 0,16 — non significative — lorsque l'approche est comparée aux autres thérapies cognitives et comportementales (nouvelle fenêtre). L'évaluation du niveau de preuve conduit l'auteur à conclure qu'elle « n'est encore bien établie pour aucun trouble » — tout en la jugeant, dans la phrase suivante, « probablement efficace pour la douleur chronique et les acouphènes » et « possiblement efficace pour la dépression, les symptômes psychotiques, les troubles obsessionnels compulsifs, l'anxiété mixte, l'abus de substances et le stress au travail ».

Sa lecture est du reste contestée : Andrew T. Gloster, Noemi Walder, Michael E. Levin, Michael P. Twohig et Maria Karekla ont publié en 2020, dans le Journal of Contextual Behavioral Science (vol. 18, p. 181-192), une revue de 20 méta-analyses — 100 tailles d'effet contrôlées, 12 477 participants — qui conclut à l'inverse à une efficacité sur toutes les conditions examinées. Deux conséquences en découlent. La première : personne ne devrait vous présenter l'acceptation comme un dossier clos, dans un sens ni dans l'autre. La seconde est moins évidente : un accompagnement se juge sur ce qu'il change dans vos semaines, pas sur la méthode qu'il revendique.

Une limite s'applique enfin à cette page entière, et autant la poser franchement. Le coaching n'est pas une thérapie, aucun des travaux cités ici ne porte sur lui, et rien de ce qui précède ne mesure ce qui se passe au Centre Equaizen. Ces publications servent à écarter les fausses évidences, pas à valider un accompagnement.

Faut-il voir un coach ou un psychologue ?

Un coach n'est ni psychologue, ni psychiatre, ni thérapeute : le coaching part d'aujourd'hui et travaille vers un objectif. Il ne soigne pas, et il ne remplace aucun suivi médical ou psychologique en cours. Autant le dire avant que vous ne réserviez quoi que ce soit.

Certaines formes de contrôle ne relèvent pas du coaching : des vérifications qui prennent du temps chaque jour et qu'on ne peut pas ne pas faire, une anxiété qui envahit les journées et le sommeil, des pensées qui reviennent malgré vous, un épuisement installé, un événement traumatique dont les images reviennent, des idées noires. Ce sont des motifs de consultation auprès d'un médecin ou d'un psychologue, et le bon réflexe est de commencer par votre médecin traitant, qui saura vous orienter. Il n'y a rien à prouver en tenant plus longtemps.

Certaines situations, enfin, empêchent de relâcher parce que l'environnement ne le permet pas : une organisation qui sanctionne la moindre erreur, une charge que personne ne partage, des délais qu'on ne peut pas déplacer. Dans ce cas, le sujet n'est pas de vous assouplir, et mieux vaut le nommer tôt — c'est parfois ce que révèle un accompagnement côté professionnel.

En quoi un cheval peut-il aider à lâcher prise ?

Un cheval n'a évidemment aucun avis sur le lâcher-prise. Mais il a une particularité utile ici : avec lui, le contrôle ne fonctionne pas. Précision d'emblée, parce que beaucoup de pages disent le contraire : aucun mécanisme physiologique n'est invoqué ci-dessous, aucune étude ne mesure l'équicoaching, et ce qui suit décrit ce qui se constate en séance — rien d'autre.

Plus on serre, moins on obtient

Tirer sur une longe, hausser le ton, se raidir : le cheval se raidit à son tour, ou s'éloigne. Relâcher — le souffle, l'épaule, l'intention — et très souvent il vient, ou il suit. Ce n'est pas une image poétique, c'est ce qui se passe, dans la minute, sous vos yeux. Le retour est immédiat.

C'est constaté, pas expliqué

La différence avec un livre ou un article — celui-ci compris — est exactement là. Vous pouvez être parfaitement d'accord avec l'idée que le contrôle vous coûte et ne rien changer du tout : comprendre ne suffit pas, sinon vous auriez déjà lâché. Devant un cheval, vous ne comprenez pas, vous constatez. Quelque chose se passe là que le raisonnement seul n'avait pas produit.

Il ne juge pas, et il n'y a rien à réussir

Un cheval ne sait rien de votre poste, de vos listes, de votre réputation d'organisation. Il ne distribue ni bonne note ni approbation. Ce qui se constate en séance, c'est qu'il réagit différemment selon votre rythme, votre souffle et la façon dont vous occupez l'espace. Ce qu'il perçoit exactement, personne ne peut le dire à sa place. Vous pouvez affirmer que tout va bien ; s'il reste à distance, il ne révèle rien de caché, il rend visible un écart entre ce que vous dites et l'état dans lequel vous êtes.

Faut-il savoir monter à cheval ?

Non, et vous ne monterez pas. Tout se déroule au sol, sans prérequis équestre, avec Marylou Rivaud-Marantier présente en permanence. Vous commencez à la distance qui vous convient, y compris depuis la barrière. Coaching et équicoaching se combinent, ils ne s'opposent pas : voir le déroulé d'une séance et la comparaison des deux approches.

Séance d'équicoaching individuelle au sol, personne accroupie près d'un cheval au Centre Equaizen
« Ce qui se passe là ne se raconte pas très bien. C'est une des raisons pour lesquelles on le fait. » Séance individuelle, au sol, sans monter

Par où commencer

Vous n'avez pas besoin d'arriver avec une demande formulée. « Je n'arrive pas à me poser » est un point de départ recevable, et fréquent. Le premier échange téléphonique de 20 minutes est gratuit et sans engagement : vous exposez votre situation, on vous dit franchement si un accompagnement peut vous être utile, ou vers qui vous tourner si ce n'est pas le cas.

La séance individuelle d'1h30 est ensuite à 80 €, au Centre — ou en visio pour le coaching. Vous pouvez faire une seule séance et vous arrêter là.

Pour aller plus loin : l'accompagnement de coach de vie près de Lyon, le coaching confiance et estime de soi, ce que recouvre l'intelligence émotionnelle, les tarifs, les accompagnements particuliers, et le Centre et le parcours de Marylou — 13 ans en postes de direction salariée avant de devenir coach et équicoach certifiée.

— Vos questions

Ce qu'on demande le plus souvent sur le lâcher-prise

Que veut dire « lâcher prise », concrètement ?

Lâcher prise, c'est cesser de dépenser de l'énergie sur ce qui ne dépend pas de vous. Ce n'est ni un état de sagesse, ni une humeur : c'est une opération de tri entre ce sur quoi vous pouvez agir et ce sur quoi vous ne pouvez pas, suivie d'une décision sur l'endroit où vous mettez votre attention.

« Lâcher prise » est-il un concept scientifique ?

Non. L'expression ne correspond à aucune définition académique et aucune publication d'origine : aucun chercheur ne l'a formalisée. Les notions voisines qui, elles, existent sont le locus de contrôle (Julian B. Rotter, 1966), la suppression de pensée (Daniel M. Wegner et ses collègues, 1987), la rumination (Susan Nolen-Hoeksema) et l'évitement expérientiel (Steven C. Hayes et ses collègues, 1996). Toute page qui écrit « selon les psychologues, le lâcher-prise est… » attribue à la science une formule qu'elle n'a pas produite.

Comment lâcher prise quand on n'y arrive pas ?

En arrêtant de viser « lâcher prise » en général. On choisit un seul endroit précis où l'on relâche pendant une semaine : ne pas relire un mail avant de l'envoyer, ne pas demander où en est un dossier, laisser quelqu'un faire à sa manière. L'objectif n'est pas de se convaincre mais de fabriquer une preuve.

Lâcher prise, est-ce que ça veut dire renoncer ?

Non. Renoncer, c'est retirer l'objectif. Lâcher prise, c'est garder l'objectif et relâcher la crispation sur la manière dont il doit arriver. On peut tenir énormément à un projet et cesser de vérifier douze fois par jour qu'il avance.

S'interdire de penser à quelque chose, est-ce que ça marche ?

Non, et c'est documenté depuis 1987. Daniel M. Wegner, David J. Schneider, Samuel R. Carter III et Teri L. White ont montré dans Paradoxical effects of thought suppression (Journal of Personality and Social Psychology, vol. 53, n° 1, p. 5-13) que les participants à qui l'on demandait de ne pas penser à un ours blanc pendant cinq minutes en étaient incapables. Reporter a en revanche été testé, contre l'absence de consigne : Thomas D. Borkovec et ses collègues ont observé en 1983, sur deux expériences et un protocole de quatre semaines, une baisse significative des relevés quotidiens d'inquiétude chez des personnes se déclarant inquiètes qui restreignaient volontairement leur souci à un moment et un lieu fixes, comparées à des témoins sans consigne. Aucune étude n'a comparé directement le report à l'interdiction.

Pourquoi ai-je besoin de tout contrôler ?

Le contrôle s'installe souvent après quelque chose — c'est ce qui s'observe en séance, pas un résultat de recherche : un environnement imprévisible, une période où l'inattention a coûté cher, une perte que rien n'avait annoncée. Tout prévoir n'était pas un défaut de caractère, c'était une compétence utile. Le problème est qu'elle continue de fonctionner quand le danger n'est plus là.

Le problème vient-il de moi ou de mon travail ?

Les deux existent, et la distinction décide de ce sur quoi il faut agir. Robert A. Karasek Jr. a montré en 1979, dans Administrative Science Quarterly (vol. 24, n° 2, p. 285-308), que la combinaison d'une faible latitude de décision et de fortes exigences professionnelles est associée à la tension mentale et à l'insatisfaction au travail. En France, l'enquête SUMER de la DGT et de la DARES, menée en 2016-2017 (26 500 questionnaires exploitables), situe cette situation à 31,6 % des salariés du secteur privé en 2017, après 26,8 % en 2003 et 32,2 % en 2010, l'institut parlant d'une tension au travail qui « se stabilise à un niveau élevé » ; 41,8 % déclarent ne pas pouvoir faire varier les délais qui leur sont fixés, contre 35,4 % en 2003. Manquer de marge de manœuvre n'est pas un problème de lâcher-prise.

Le besoin de tout contrôler relève-t-il d'un coach ou d'un psychologue ?

Un coach n'est ni psychologue, ni psychiatre, ni thérapeute : le coaching part d'aujourd'hui et travaille vers un objectif. Quand le contrôle prend la forme de vérifications qu'on ne peut pas ne pas faire, d'une anxiété qui envahit les journées et le sommeil, d'un épuisement installé ou d'idées noires, c'est un médecin ou un psychologue qu'il faut consulter.

Les méthodes fondées sur l'acceptation sont-elles prouvées ?

Le niveau de preuve est débattu, et deux bilans successifs aboutissent à des conclusions opposées. Lars-Göran Öst a publié en 2014, dans Behaviour Research and Therapy (vol. 61, p. 105-121), une revue systématique et méta-analyse de la thérapie d'acceptation et d'engagement portant sur 60 essais randomisés et 4 234 participants : la taille d'effet moyenne est faible (0,42) et tombe à 0,16, non significative, face aux autres thérapies cognitives et comportementales. L'auteur conclut qu'elle n'est encore bien établie pour aucun trouble, tout en la jugeant probablement efficace pour la douleur chronique et les acouphènes, et possiblement efficace pour la dépression, les troubles obsessionnels compulsifs et le stress au travail. Une revue de 20 méta-analyses publiée en 2020 par Andrew T. Gloster et ses collègues (Journal of Contextual Behavioral Science, vol. 18, p. 181-192), portant sur 12 477 participants, aboutit à la conclusion inverse. Le débat n'est pas tranché.

En quoi un cheval peut-il aider à lâcher prise ?

Parce qu'avec lui, le contrôle ne fonctionne pas : plus on force, moins on obtient. Quand on relâche le souffle, l'épaule, l'intention, le cheval répond souvent tout de suite. C'est une des rares situations où l'on constate physiquement, en quelques minutes, que relâcher produit plus que serrer — on ne vous l'explique pas, vous le vivez. Aucune étude ne mesure l'équicoaching : ce constat est un constat de séance, pas un résultat publié.

Combien coûte un accompagnement sur ce sujet ?

La séance individuelle d'1h30 est à 80 €, en coaching comme en équicoaching. Les forfaits sont dégressifs : 360 € les 5 séances, 680 € les 10 séances. L'atelier individuel d'une demi-journée est à 150 €. Le premier échange téléphonique de 20 minutes est gratuit et sans engagement.

Le coaching de vie près de Lyon Le récit d'une personne accompagnée

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— Le premier pas

Un premier échange de 20 minutes, sans engagement

Gratuit, au téléphone. Vous exposez votre situation, on vous dit franchement si un accompagnement peut vous être utile — ou vers qui vous tourner si ce n'est pas le cas.

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